Vendredi 23 Juin 2017

Consommation : trop de choix tue-t-il le choix ?

Vous avez remarqué le temps passé dans les rayons des supermarchés à comparer les différents produits proposés ?

Vous êtes venus acheter tranquillement un paquet de pâtes et vous voilà devant un véritable casse-tête : les moins chères, les plus complètes, à base de blé dur, aux œufs, de la marque X, de telle formes, de telle couleur, bio, respectueuses de l’environnement, avec ou sans OGM ….bref vous passez plus de temps à vous énerver devant les rayons qu’à acheter simplement votre base alimentaire. Vous entrez zen, vous ressortez complètement stressé et pas sûr d’avoir fait le bon choix.

Je fus abasourdie l’autre jour par l’impressionnante collection de serviettes d’incontinence… pas moins de vingt-trois variétés !!! Je vous assure, j’ai compté ! Deux ou trois j’aurais pu comprendre. Une demi-douzaine semblerait couvrir tous les besoins et utilisations possibles de ce produit. Mais vingt-trois, mon dieu, quel choix !!! Et quelle sorte d’éventail offert ! Certaines sont parfumées, d’autres d’une épaisseur conçue pour le confort et le sentiment de sécurité, d’autres colorées pour les assortir aux tons de votre garde-robe ; et bien sûr toutes les formes et tailles sont disponibles… du discret petit filet au grand ruisseau…tout est retenu ; du fin tissu à la véritable baignoire, tout est prévu, chacun y trouve son compte !

Consommation : trop de choix tue-t-il le choix ?

Pour à peu près chaque type de produit, comestible ou non, des pizzas fraîches ou surgelées, en passant par les couches et petits pots pour bébés, crèmes de nuit ou glacées, céréales pour chiens ou enfants, feutres indélébiles ou lavables, le choix se compte souvent par dizaines selon leur taille, couleur, odeur ou marque.
Chaque nouvelle saveur semble en engendrer une autre, inédite, la semaine suivante. Lorsque j’étais petite, un croissant était un croissant, un point c’est tout. Maintenant, vous pouvez le savourer au beurre, au chocolat, à la farine complète, aux raisins, à la cannelle, à la vanille, sucré, salé, au fromage, au jambon, sans oublier toutes les combinaisons possibles et imaginables –et pas forcément goûteuses- de toutes ces sortes.

Et ceci s’applique à absolument tout. Vous pouvez choisir parmi six versions de brosses à dents –fibres dures, molles, bio, colorées, inclinées vers l’avant ou l’arrière, manche rigide, souple, parfumé, coloré- de dix marques concurrentes, dix-sept dentifrices, quarante et un déodorants et quarante- cinq shampoings… de quoi vous décourager de vous lever le matin pour vous laver devant ce vaste choix. Heureusement que l’on ne fait pas ses courses avant sa douche matinale… imaginez un peu le temps perdu à simplement choisir un produit selon son humeur du jour et ses projets : « Je vois le patron ce matin…tel savon, tel déodorant et tel shampoing devraient faire l’affaire pour ma promotion. » Ou alors : « Ce soir, rendez-vous galant…tels autres savon, déodorant et shampoing devraient me permettre de conclure. » A chaque occasion son casse-tête et sa combinaison miracle de produits.

Cette abondance de choix ne rend pas seulement chaque transaction dix fois plus longue, mais procure aussi bizarrement de l’insatisfaction et laisse planer le doute. Plus il y a, plus les gens désirent et plus ils en veulent encore et encore. Plus l’offre est grande, plus le dilemme est important : « Ai-je fait le bon choix ? Qu’aurait.pris un tel ou une telle ? Il semble que le principal passe-temps de notre société consiste à fouiner, de la moindre petite échoppe au vaste hypermarché, pour découvrir l’article encore jamais rencontré, l’inédit, l’introuvable, qui fera le plus grand effet sur le buffet du salon lors de la prochaine réunion Tupperware avec les copines.

A mon grand étonnement, certaines personnes adorent tout ça. Ils raffolent entrer chez un marchand de glaces et choisir parmi les soixante-cinq parfums et les quarante-cinq cochonneries que l’on parsème dessus.
Pour ma part, je me rends compte que la simplicité me manque. Acheter juste ce dont j’ai besoin sans devoir comparer les multiples sortes que chaque marque propose. Aller à la boulangerie sans être confrontée aux cent vingt- six permutations qu’offre l’étalage. Boire un simple café accompagné d’un bon croissant nature…mais j’ai bien peur d’être la seule personne dans ce cas sous mon toit. J’ai confiance en ma descendance: ils en auront bien marre un jour, mais cela n’a pas l’air d’être d’actualité. Surtout que c’est moi qui arpente les étalages surchargés deux fois par semaine pour remplir le frigo et les armoires qu’ils n’ont qu’à vider, non sans quelque commentaire parfois sarcastique pour mes pauvres oreilles. « La prochaine fois, achète plutôt du jus comme ci ou comme ça, je le trouve meilleur. » « Je préfère les pâtes de la marque X ou Y, elles sont plus moelleuses et digestes. » « Ce que j’aimerais faire les courses plutôt que d’aller à l’école, quelle chance tu as, maman. »
Laissons-leur encore un peu de temps.

Enfin, pour finir sur une note positive, je suis au moins fixée pour les serviettes d’incontinence, même si j’ai encore du temps devant moi, du moins je l’espère.


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