Lundi 23 Janvier 2017

Comme au ciel…Sur la terre. Galerie Minsky. Paris

Arlette Souhami inaugure son nouvel espace, la Galerie Minsky, 37, rue Vaneau - 75007 Paris, en exposant des oeuvres de Stanislao Lepri (1905-1980) et une sélection de pièces de Leonor Fini (1908-1996) jusqu’au 30 mai 2015.
Celle qui a suivi, 35 ans durant, le travail de Leonor Fini raconte comment elle devenue son marchand : « Admirable, sûre d’elle, belle, dans une grande robe drapée, c’était vraiment une grande dame, d’une distinction naturelle, d’une intelligence vive ; je fus aussitôt séduite et je restais muette, alors je la laissais poser les questions, et parfois, timidement, je répondais … A la fin de notre entretien qui ne fut qu’un long monologue, Leonor décida qu’il fallait que nous nous revoyions très rapidement et là j’ai compris qu’elle m’avait choisie … que je deviendrai son marchand »

Stanislao Lepri et Leonor Fini se sont rencontrés en 1941 au cinéma. Fasciné par la femme et l’artiste, il lui achète dès le lendemain « Portrait romantique » qu'elle vient d'achever. Ils restèrent amants jusqu’à la mort de Stanislao Lepri en 1980.
Stanislao Lepri issu d’une famille de l’aristocratie romaine était diplomate, carrière que Leonor Fini, qui trouvait ses dessins « vifs, bizarres, spirituels » l’encouragea à abandonner pour qu’il puisse se consacrer à la peinture. Il suivit cette voie et s’engagea dans une relation à trois avec Leonor Fini et l’écrivain polonais Constantin Jelenski, optant ainsi pour une vie d’artiste maudit, se libérant de toute convention sociale.

L’univers pictural de Stanislao Lepri que l'on découvre Galerie Minsky, exhale une étrangeté onirique et mélancolique, un mystère dont on peine à déchiffrer les codes. Aussi faut-il se laisser emporter par la grâce d’une petite fille au regard perdu dont la face s’illumine dans l’entrebâillement d’une lucarne qui dévoile un visage christique (La gardienne, 1978), par l’envol énigmatique de petits corps nus aux yeux clos, au-dessus d’un désert ocre peuplé d’un seul enfant assis et d’un loup ou d’un chien vindicatif (Comme au ciel, 1964), par les yeux désespérés, derrière un masque de papier aux bords brûlés surmontant deux mains dont l’une blesse l’autre avec une longue épingle à tête bleue (Crime et châtiment, 1977).

Que dire de "Condamnation" (1977 ) et de "La leçon de vol" (1978), explicites si l’on veut, et pourtant, combien d’histoires pourrions-nous construire devant cette porte qui se referme, devant cet oiseau, menaçant ou protecteur. On s'interroge dans un jeu de perspectives, à l’infini.

Comme au ciel…Sur la terre. Galerie Minsky. Paris

Curieusement on ressent, tour à tour la violence sourde, la tristesse incommensurable, la douceur extrême de chaque scène, on est fasciné, troublé, bouleversé, indéniablement. Notre imagination s’emballe et c’est là certainement la force de ce peintre qui nous projette dans son univers très personnel en nous invitant à le suivre sur le chemin escarpé du mystère, celui de tous les possibles.

De son vivant, seul un cercle de collectionneurs, de critiques et de marchands d’art a su apprécier la peinture visionnaire fantastique de Stanislao Lepri et la présenter au public. La dernière grande exposition de Stanislao Lepri s’est tenue en 1999 au Guggenheim de New-York.

Leonor Fini passe son enfance à Trieste dans une famille liée à l’intelligentsia locale. Elle n’a jamais fréquenté d’école d’art, elle est autodidacte. En 1931 elle s'installe à Paris et présente sa 1ère exposition personnelle. Elle se lie d’amitié avec Henri Cartier-Bresson, André Pieyre de Mandiargues, Georges bataille, Max Jacob, Paul Eluard, Max Ernst en refusant toutefois d’appartenir au groupe surréaliste. Loin de Paris elle commence, en 1940, à peindre des portraits, activité qu’elle poursuivra jusqu’au début des années soixante. Après-guerre, elle se fait connaître du grand public grâce à la création de masques, de décors et de costumes de scène. Passionnée de littérature, elle illustrera plus tard une cinquantaines d’ouvrages, dont les œuvres de Charles Baudelaire, Paul Verlaine et Edgar Poe. D’importantes expositions rétrospectives lui ont été consacrées dans le monde, en Belgique, en Italie, au Japon, aux Etats-Unis, en France… En 2007 parait la première biographie qui lui soit consacrée: « Leonor Fini, métamorphose d’un art » de Peter Webb, aux Editions Imprimerie nationale - Actes Sud. La Galerie Minsky prépare aujourd'hui un catalogue raisonné.
Les très belles pièces exposées rue Vaneau, rendent compte avec finesse de l'évolution de son art et d'une maîtrise absolue des divers sujets qu'elle aborde au fil du temps.

"Comme au ciel…Sur la terre" fait dialoguer une dizaine de pièces de chacun des artistes et l’accrochage changera durant l’exposition, permettant ainsi aux visiteurs de découvrir ou de revoir un plus grand nombre d’œuvres et de se laisser surprendre à chaque visite.

Galerie Minsky
37, rue Vaneau
75007 Paris

Pour en savoir plus :
http://www.galerieminsky.com/
http://www.leonor-fini.com/fr/


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Agnès Krief
Agnès Krief

Passionnée de cinéma, curieuse de tout.

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