Vendredi 18 Aout 2017

La créativité : innée ou acquise ?

Devant l’avalanche de personnalités artistiques « fils de » ou « filles  de », la question est souvent posée et mérite que l’on s’y attarde. En effet, dans une époque où le monde de l’entreprise s’évertue à cultiver la créativité, les mondes de l’art et de la culture ont peut-être quelques débuts de réponses à apporter.

La créativité : innée ou acquise ?

Parents et enfants : une transmission des talents

Izia, la fille de Jacques Higelin, Eva Green, la fille de Marlène Jobert,China Moses, la fille de Dee Dee Bridgewater, Sofia Coppola, la fille de Francis Ford Coppola, Enzo Zidane, fils de Zinedine Zidane, mais aussi Patrice Dard, fils de Frédéric Dard ou Carol Higgins Clark, la fille de Mary Higgins Clark… la liste d’enfants exerçant le même métier que leur parent et rencontrant à leur tour un certain succès est longue, quel que soit le domaine d’expression des parents.

De la même manière qu’il est a été observé que « les individus se développent inégalement suivant le milieu socio-économique dans lequel ils se trouvent » (« Influence de la famille sur le développement intellectuel », par G. Boulanger-Balleyguier), on pourrait se demander si les enfants de personnalités artistiques reconnues ne  bénéficieraient pas d’un brassage génétique ou d’un bagage sociétal bénéfiques à leur épanouissement futur. Un enfant de grand artiste ne porterait-il pas forcément au départ les gènes du « génie » parental ?  N’est-il pas naturel de vouloir suivre les traces de ses parents brillants, et de vouloir réussir dans le domaine dans lequel on évolue depuis l’enfance ? L’inné et l’acquis se mêleraient alors subtilement pour dessiner un cadre d’évolution idéal aux enfants d’artistes.

Cependant, quelques brassages chromosomiques ne peuvent pas à eux seuls définir la totalité de l’hérédité artistique. Il existe d’autres paramètres qui, corrélés à une part de génétique, contribueraient à favoriser l’épanouissement artistique des enfants d’artistes.

« La créativité est la synergie de différentes sources »

Pour le psychologue hongrois Mihaly Csíkszentmihályi, auteur - entre autres - de « La Créativité - Psychologie de la découverte et de l’invention », l’invention créative n’est pas le résultat d’un esprit unique, mais bien de cette « synergie de différentes sources ». Le psychologue, qui s’est penché sur la vie et les processus créatifs de grands artistes, arrive à la conclusion suivante : « la créativité dépend de la conjonction entre un domaine, un milieu et une personne ». Pas d’hérédité pour Mihaly Csíkszentmihály mais une éducation, des encouragements et un milieu bénéfique à la créativité.

Même lecture de la psychologie de la créativité chez Todd Lubart, professeur de psychologie à l’université Paris Descartes, qui énonce dans « Les ressorts psychologiques de la créativité » que « les connaissances résultent à la fois de l’éducation formelle et de l’éducation informelle reçue au fil des expériences vécues dans différents contextes. » Bien peu de place est laissée à l’endogène chez les spécialistes de la psychologique de la créativité. Et d’une certaine façon, heureusement. A quoi ressemblerait le monde artistique si la création et le talent étaient majoritairement endogènes ? L’art serait réservé à une élite, et seulement à une élite qui protègerait son précieux savoir transmis de génération en génération dans un code génétique presque parfait.

Par ailleurs, les enfants d’artistes n’ayant pas choisi le même moyen d’expression artistique que leurs parents sont nombreux. Pour Davy Sardou, comédien et fils du chanteur du même nom, « ce n’est pas parce que votre père sait chanter que vous chantez forcément bien ». Oona O’Neill, fille du Prix Nobel de Littérature Eugene O’Neill par exemple, et bien qu’elle fut mariée à Charlie Chaplin, demeura loin des projecteurs en dépit d’un bref casting pour un film hollywoodien.

S’il existe une part d’inné dans le processus créatif, il peut également s’entretenir, s’encourager, se développer,  à l’image de ce qu’énonce le psychologue américain Guilford : « Le processus créatif peut être reproduit à volonté, il peut donc être enseigné et développé chez un très grand nombre d’individu. » Ici interviennent les référents : parents, professeurs, éditeurs, producteurs, coachs, mentors… qui décèleront et créeront des écosystèmes harmonieux, bénéfiques à l’artiste tout en l’écoutant.

Jérôme Ferrari, lauréat du Goncourt  2012, remarque au sujet des éditeurs que lorsque l’on connaît « l'importance de la relation humaine dans ce métier, et le temps qu'on met à la construire, une fois qu'on a trouvé la bonne personne, il faut rester. » Pour Arnaud Nourry, le patron des Editions Hachette, « Un livre, comme tout autre support artistique, se construit grâce à une relation de confiance entre un auteur qui a un potentiel, avéré ou supposé, et un éditeur qui croit en lui », et d’ajouter : « Un éditeur doit encourager ses écrivains, les faire avancer. Un éditeur est aussi là pour révéler ou exacerber la créativité. Pas seulement pour faire un ‘tri’ entre le bon et le moins bon. » Héréditaire, le talent ? Pas si sûr, finalement. En revanche, il est répété à l’envi que les grands artistes sont souvent des gens tourmentés. D’où cette autre interrogation rémanente chez les artistes : le bien-être nuit-il à la créativité ?


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