Mercredi 23 Aout 2017

Entreprendre au feminin: où sont les louves de Wall Street

Où sont les louves de Wall Street?

Dans l’histoire du cinéma, il y a eu très peu de personnages féminins occupant des rôles de pouvoir au sein de grandes entreprises. Est-ce le reflet de la réalité du monde des affaires ou simplement une défaillance propre à l’industrie du cinéma?

Le Loup de Wall Street, le dernier film de Martin Scorsese, qui révèle à travers une succession de scènes les merveilles de Wall Street et les manies des Big Boss, a laissé planer dans l’air une éternelle question.

Où sont les films avec à l’affiche des femmes de pouvoir ?

Avec Shery Sandberg directrice des opérations de Facebook, Meg Whitman à la tête de Hewlett-Parckard, Virgina Rometty directrice générale et présidente du groupe IBM ou encore Indra Nooyi Directrice et présidente du groupe PepsiCo, pourquoi les films continuent de se focaliser sur des histoires d’hommes d’affaires ?

De Charles Foster Kane à Gordon Gekko, le cinema a toujours eu une longue histoire d’amour avec les hommes au paroxysme de leur gloire et qui le plus souvent se comportent mal.

Bien entendu, ils sont drôles à regarder. L’accident de voiture à grande vitesse, l’avidité et l’aspiration - DiCaprio Belfort trouve qu’il a bien assez d’argent pour pouvoir utiliser des billets afin d’ancrer son yacht de 45 mètres – tout cela est à la fois répugnant et captivant, et pourtant il y a quelque chose de troublant à propos de cette image récurrente.

C’est devenu un stéréotype cinématographique ancré, mais comme la fortune des femmes d’affaires a énormément évolué au cours des 25 dernières années, l’énorme fossé entre le monde du cinéma et celui de la réalité est de plus en plus difficile à ignorer et résonne comme une vérité qui dérange.

Il existe de nombreux films où des femmes se battent pour gravir les échelons, ou bien qui sont à l'origine de changements au sein d'une entreprise - Norma Rae (1979), Comment se débarrasser de son patron (1980), Working Girl (1988) et Erin Brockovich, seule contre tous (2000) pour n'en citer que quelques-uns.

Et il y a ce film étrange où un homme, incarné par Tom Cruise, tentait de contester les structures de pouvoir établies dans son entreprise (Jerry Maguire est un cas isolé dans ce domaine).

Ce qui nous manque beaucoup néanmoins, c'est un film où les femmes ont le pouvoir, et où le public pourrait apprécier leurs hauts et leurs bas, leurs succès, de leurs débuts jusqu'à leur heure de gloire.

Il n’est toujours pas considéré comme acceptable, dans les films du moins, de représenter des femmes qui ont réussi - et certainement pas d'apprécier le résultat de leur effort dans une vision hédoniste.

“Miranda Priestly!”, pourrez-vous me dire... Et oui, Meryl Streep, la patronne de média aux yeux cruels dans Le diable s'habille en Prada (2006), incarne la vie réel d’un rédacteur en chef du magazine américain Vogue.

Mais elle n'a pas du tout l'air d'apprécier son succès - ou même d'en tirer profit. Au contraire, elle répand la misère autour d'elle, et garde en secret son mariage brisé et sa vie de famille dysfonctionnelle.

Entreprendre au feminin: où sont les louves de Wall Street

Ce que nous pouvons voir, en outre, à travers l'histoire d'Hollywood, ce sont des personnages féminins dirigeant de petites entreprises.

Pas si simple (2009) met en scène Meryl Streep à la tête d’une pâtisserie florissante, dans Chocolat (2000) Juliette Binoche ouvre une chocolaterie dans un village français endormi, dans Vous avez un message, Meg Ryan dirige une librairie et Dolly Parton tient un salon de beauté dans Potins de femmes (1989).

Cette tendance qui finit par lasser continue avec ces femmes qui exploitent une entreprise de restauration dans Beignet de tomates vertes (1991) et Mystic Pizza (1988).

Bizarrement, par le passé, les stéréotypes sexuels étaient moins évidents. Vivien Leigh fait tourner l'entreprise de bois de charpente de son mari dans Autant en emporte le vent et dans Éclairs de chaleur (1984), Aline MacMahon dirige une station-service. Dans Embrassons la mariée (1942) Joan Crawford dirige une compagnie de transport et dans Lucy Gallant (1955), Jane Wyman monte une ligne de vêtement et conduit l’entreprise avec des investisseurs pour finalement se développer à l’international.

Dans l'ensemble cependant, les femmes n'apparaissent pas dans nos films comme très compétentes, dotées de capacités entrepreneuriales et de collaboration. Pourtant ceci ne reflète en rien la réalité.

Julie Weeks est la présidente et le PDG de Womenable, une entreprise conseil spécialisée dans l'amélioration de l’environnement de travail des femmes à la tête d’entreprises et ce à travers le monde entier. Cette dernière a récemment eu accès à des informations intéressantes lorsqu'elle a demandé au recensement américain des données sur la façon dont les entreprises dirigées par des femmes réussissaient.

Elle a découvert que non seulement 2% de ces compagnies dépassaient les 1 $ million de ventes, mais aussi que dans les plus gros salaires (plus de 10 $ millions de revenu annuel), le nombre d'entreprises possédées par des femmes a augmenté de 56.6% depuis 2002. C'est 47% de plus que la croissance de 38.4% pour les entreprises de plus de 10 $ millions, tous sexes confondus.

Étant une entreprise qui regarde de près les femmes au travail, nous voyons cette croissance en mouvement. Nous savons qu'il y a plus d'entreprises appartenant à des femmes. Pendant des années notre frustration a été de savoir pourquoi cela n'a pas été enregistré dans le recensement. Maintenant que nous avons ces données, c'est une expérience merveilleuse à revendiquer a déclaré Julie Weeks lors d’une interview à Forbes.com

S'il n'y a pas de personnages féminins forts décris dans les entreprises, c'est juste un autre exemple de la domination des hommes dans l'industrie qui montre clairement que, au sein de ces rangs, une femme à la barre est toujours considérée comme une situation louche.

Le public répond au reflet de notre monde que sont les films, et s'il n'y a pas de femmes haut placées dans les entreprises, pavanant leurs affaires à l'écran - cela reste le devoir des mères de raconter à leurs filles comment Anita Roddick a construit une entreprise mondiale de cosmétique, ou comment Oprah Winfrey issue de la vraie pauvreté est devenue une personne mondialement connue et à développer son empire de média Harpo, et qu'il existe des centaines de femmes qui suivent cette trajectoire partout dans le monde à cet instant précis.

Le message clé de Sheryl Sandberg dans son livre « En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir » est que la réussite des femmes dépend de leur comportement et qu’il faut travailler dessus. Cette attitude positive correspond à la prise de risques, au fait de saisir des opportunités, entreprendre et ne pas toujours suivre un chemin tout tracé.

N'est-il pas temps que nos réalisateurs et producteurs adoptent cette même attitude, rompent avec leurs habitudes et nous imaginent des films avec de l’argent à dépenser et des femmes ayant le sens des affaires ?

Je payerais pour voir ça.

FranchiseAVendre.fr


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