Mercredi 20 Septembre 2017

Hulot à l'Environnement : idéologie ou pragmatisme ?

En acceptant d'intégrer le gouvernement d’Édouard Philippe, Nicolas Hulot semble adhérer aux idées de pragmatisme prônées par le président de la République Emmanuel Macron et son premier ministre. Les débats à venir autour du glyphosate, un herbicide qu’utilisent de très nombreux agriculteurs, seront un premier test pour le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire.

Il a enfin dit oui. Courtisé depuis longtemps par des gouvernements de droite comme de gauche, Nicolas Hulot a fini par accepter l’invitation de celui qui se revendique ni de droite, ni de gauche. Est-ce la promesse d’un dépassement des clivages politiques qui l’a enfin décidé ? C’est en tout cas ce qu’il a laissé entendre dans une interview accordée au Journal du Dimanche le 28 mai dernier.

« J’ai l’espoir que l’on puisse sortir du théâtre des apparences et en finir avec nos sempiternelles divisions qui enlisent notre pays et le détournent en permanence de l’essentiel », a affirmé l’ancien présentateur star de l’émission « Ushuaïa ». Comme Emmanuel Macron, Nicolas Hulot se veut un conciliateur. Estimant que « ce n’est pas la peine » d’être dans le rapport de force, le ministre semble préférer le pragmatisme aux conflits idéologiques qui empêchent d’avancer.

Sera-t-il plus mesuré que sa prédécesseure, Ségolène Royal ? On se souvient encore des déclarations catégoriques de l’ancienne ministre socialiste, notamment sur la décision européenne de prolonger la commercialisation du glyphosate.

En mars dernier, Mme Royal avait en effet « condamné » la décision de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) de « ne pas classer cancérogène probable » ce produit. Or, celui-ci est un pesticide plébiscité par les agriculteurs du monde entier, et son interdiction plongerait les paysans français dans une crise encore plus profonde que celle qu’ils subissent déjà.

« Le glyphosate est le seul herbicide utilisable pour de nombreuses cultures, en particuliers les céréales  son interdiction provoquerait une impasse technologique majeure puisqu’il n’existe pas de substitut à ce jour », expliquait dernièrement Olivier Babeau, professeur et vice-président de la Fondation Concorde.

Ce débat mérite sans doute mieux que des déclarations fracassantes, plus dignes d’un militant associatif que d’un ministre d’État. Il faut donc espérer que Nicolas Hulot saura prendre en compte les besoins des agriculteurs avant de suivre aveuglement les organisations écologistes. Cela lui permettra, d’une part, de se montrer solidaire à l’égard d’un secteur éprouvé par les crises successives. Mais il pourra également éviter des rebondissements embarrassants comme celui provoqué par une récente enquête de l’agence de presse Reuters.

Scandale en Amérique

Dans un article diffusé mercredi 14 juin, l’agence anglo-saxonne révèle que l’Américain Aaron Blair, épidémiologiste à l’Institut national du cancer (NCI) aux États-Unis, a dissimulé des données scientifiques, qui auraient pu se révéler décisives lors d’une réunion en 2015 de chercheurs internationaux au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le Circ a en effet classé, à partir de cette date, le glyphosate comme « probablement cancérogène ».

Or, Blair « avait eu accès à d’importantes données scientifiques non publiées en lien direct avec la question que les spécialistes du CIRC se préparaient à étudier [en mars 2015], à savoir si la recherche internationale permettait d’établir que le glyphosate (…) provoque le cancer », lit-on dans l’enquête de Reuters.

Les données non publiées correspondent aux résultats de l’Agricultural Health Study (AHS), une étude menée par des scientifiques du NCI. Selon David Spiegelhalter, professeur d’analyse des risques à l’Université de Cambridge et qui a pu consulter les études de l’AHS, « aucun des herbicides, y compris le glyphosate, n’a montré de signe évident de relations » avec le développement du lymphome non hodgkinien, un cancer qui se développe à partir de cellules du système lymphatique.

Un débat plus transparent en France ?

L’étude de l’Agricultural Health Study était d’autant plus pertinente que l’AHS a examiné l’exposition humaine au glyphosate dans la vie réelle, tandis qu’une grande partie de la recherche scientifique analysée par le CIRC impliquait des tests de laboratoire sur les rongeurs.

Bob Tarone, statisticien retraité qui a travaillé aux côtés de Blair et cité dans l’article, avait écrit dans un précédent article de la European Journal of Cancer Prevention, que le classement par le CIRC du glyphosate comme cancérigène chez les humains était le résultat « d’un résumé irrégulier et incomplet » des preuves.

Selon Reuters, qui a eu accès à des documents judiciaires, Blair a déclaré que « les données (non publiées) auraient modifié l'analyse du CIRC ». L’institut lyonnais serait-il alors arrivé à une conclusion semblable à celle de toute autre agence internationale qui, comme l’ECHA, ne considère pas cet herbicide cancérogène pour l’homme ? C’est en tout cas ce que laisse entendre l’épidémiologiste américain.

Ce qui se joue en ce moment est très important. La survie de nombreux agriculteurs en France et dans le monde dépend du maintien ou non de la commercialisation de l’herbicide. Raison de plus pour que le débat soit transparent, dépassionné et rigoureux, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui ! Tous les experts doivent être entendus, et pas seulement les plus fervents militants, prêts à masquer les informations pour mieux avancer leurs arguments idéologiques.

Nicolas Hulot saura-t-il se montrer impartial, dans ce dossier comme dans d’autres ? C’est en tout cas la condition indispensable pour prendre des décisions justes et nécessaires pour le secteur agricole, efficace pour l’économie et saines pour l’environnement.


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