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France Télévisions a-t-elle accordé trop de place aux violences des 17 et 18 octobre ?

France Télévisions a-t-elle accordé trop de place aux violences des 17 et 18 octobre ?

Dès l'après-midi du samedi 17 octobre, alors que les manifestations se poursuivent et que des violences ont éclaté à leurs abords, le médiateur de France Télévisions reçoit les premiers courriels critiques à l'égard de la couverture de l'événement. Les lecteurs y dénoncent un traitement qui mêle les manifestants et les casseurs.

  • Des critiques concernent le traitement médiatique de la violence et les amalgames entre manifestants et casseurs.
  • Les responsables reconnaissent des imprécisions et soulignent qu'il est difficile d'équilibrer couverture des manifestations et violences.
  • Les temps d'antenne accordés aux violences sont contestés, mais la rédaction insiste sur une approche équilibrée et contextuelle.
  • Un reportage long a été jugé trop brut, manquant de contexte pour éviter l'effet d'une succession d'images violentes.

Des critiques de ce type étaient déjà apparues à propos du mouvement lycéen, avant le 17 octobre. Le service des relations avec les téléspectateurs reçoit, dans le même temps, des messages semblables. La plupart, favorables aux manifestants, reprochent à la couverture un "amalgame" entre manifestants et casseurs, ainsi qu'une volonté alléguée de faire peur aux téléspectateurs.

Une formule contestée du "13 Heures"

Un lecteur conteste les propos tenus par la présentatrice Mélanie Taravant dans le "13 Heures" du 19 octobre. Celle-ci a déclaré : "Bilan des manifestations de ce week end : plus de 2000 boutiques saccagées." Selon ce courriel, le bilan relève de pillages et non des manifestations.

Le directeur de la rédaction nationale de France Télévisions, Julien Duperray, reconnaît "un raccourci ambigu". "Chaque mot compte, nous écrit-il, et nous en sommes bien conscients. Nous ne pouvons pas dire que "le bilan de 2000 commerces vandalisés est le résultat des manifestations du week-end". C'est une imprécision." Il ajoute que ce bilan "est le résultat de nombreuses heures de violences et de pillages". Le médiateur estime pour sa part que la couverture n'a pas assimilé les manifestants aux fauteurs de troubles. La rédaction indique avoir consacré une séquence aux réactions des manifestants aux violences dans plusieurs villes, dans le "20 Heures" du samedi 17 octobre, puis dans celui du dimanche 18 octobre.

Le temps d'antenne en question

D'autres lecteurs s'inquiètent de la proportion accordée aux violences. Un courriel avance que la durée consacrée aux casseurs-pilleurs a été de 14 minutes, contre 2 minutes pour les manifestants. Le médiateur juge ces chiffres exacts, tout en rappelant que, selon les reporters les plus expérimentés interrogés le 17 octobre, ils n'avaient pas connu un tel niveau de violences depuis les affrontements en marge d'une des manifestations des gilets jaunes, à Paris. Il estime que "le critère arithmétique ne peut dicter à lui seul l'équilibre d'une couverture".

Julien Duperray affirme que la rédaction "s'interroge en permanence et en temps réel" sur la manière de relater les événements. "Raconter d'une part comment des centaines de milliers de personnes manifestent dans la rue et pour quelles raisons, raconter d'autre part comment les violences et les pillages se sont déroulés. L'un n'empêche pas l'autre et l'un n'annule pas l'autre." Il indique aussi que la rédaction "questionne le profil des interpellés, la stratégie des forces de l'ordre, l'anticipation du gouvernement".

Nicolas Marut, directeur de franceinfo canal 16, répond à un téléspectateur qui juge que le temps d'antenne a été "totalement majoritairement consacré aux violences". Il rappelle que "très tôt samedi, des actes de violences ont éclaté", notamment l'incendie de l'office de tourisme de Lyon, séquence montrée à l'antenne peu avant 15 heures. Il affirme que la chaîne a montré "très régulièrement" le cortège officiel entre République et Place de Clichy.

Le reportage du 18 octobre

Le "20 heures" du 18 octobre a diffusé un long reportage sans commentaire continu au cœur des violences, qui a suscité d'autres courriels désapprobateurs. L'un d'eux, signé Caroline (Meudon), estime qu'un tel document, qui ne propose ni description ni analyse, place les téléspectateurs devant "un flot d'images violentes et donc angoissantes".

Philippe Corbé, directeur de l'information de France Télévisions, explique que ce reportage à écriture différente était un format long, proposé comme la chaîne le fait régulièrement après 20 heures 40. "Nous aurions dû être plus clairs, en contextualisant davantage." L'amorce du sujet distinguait pourtant "deux histoires parallèles" : "une manifestation pacifique pour l'éducation et contre la vie chère" et "des scènes chaotiques de pure violence". "Nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu'il n'y ait pas de confusion."

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