Le procès de l'explosion de la rue de Trévise, à Paris, s'est ouvert. Dans un entretien accordé à France Télévisions, l'une des victimes, Inès, 29 ans, raconte son long combat, engagé depuis le 12 janvier 2019, et les séquelles qu'elle garde de l'explosion.
Le jour de l'entretien, rue de Trévise, Inès a couvert ses cheveux, qu'elle perd par poignées depuis l'explosion, selon ce qu'elle indique. Un masque la protège des virus, car elle doit à nouveau être opérée dans quelques jours. Ce jour-là, elle découvre la stèle installée en hommage aux victimes. « Ça me rend vraiment triste. Et ça me rappelle ce que j'ai vécu », confie-t-elle.
Elle est particulièrement émue par les noms des pompiers. Selon son récit, ceux-ci cherchaient une fuite de gaz lorsqu'une boule de feu s'est formée. « Je vois les deux pompiers exploser sous mes yeux, être projetés dans l'air et sur le sol. Je ne réalise pas parce que j'ai pas le temps, la boule de feu vient sur moi, et je me retrouve projetée totalement dans l'hôtel où je travaillais », raconte-t-elle.
Le jour de l'explosion
Inès travaillait depuis seulement trois jours dans cet hôtel, un job étudiant, qui a été éventré par la déflagration. Elle servait les petits-déjeuners le matin du 12 janvier 2019 lorsqu'une explosion, due à une fuite de gaz, a soufflé la rue de Trévise et tout le quartier. Le bilan est lourd : quatre morts et 66 blessés.
Inès figure parmi les personnes les plus gravement touchées. « Ma jambe droite était totalement retournée, j'ai réussi à la remettre à l'endroit, je ne sais pas comment. Tout mon sang était sur le sol de l'hôtel. Plus de peau, plus rien », décrit-elle. Un policier arrive environ vingt minutes après l'explosion, et elle lui demande son téléphone pour appeler son père. « Je lui dis qu'il y a eu une explosion, que je suis en train de mourir et que je l'aime », rapporte-t-elle.
Son père, qui travaille non loin, arrive rapidement dans le quartier, mais la police l'empêche de passer, la menace d'une nouvelle explosion étant réelle. Inès est évacuée par hélicoptère et plongée dans un coma artificiel. Ses blessures sont si graves que les médecins conseillent l'amputation des deux jambes, à laquelle sa famille s'oppose. Au total, elle sera opérée une cinquantaine de fois pour reconstruire ses jambes.
Une longue reconstruction
En rééducation, Inès accède à son dossier médical. « Il est écrit qu'Inès ne remarchera plus et qu'en gros, je suis là pour apprendre à gérer les transferts entre fauteuils roulants, dans la douche, le fauteuil, le lit, etc. C'est un choc. Et je me dis non, en fait, personne ne va me dicter quoi que ce soit, je vais remarcher », se souvient-elle. Elle prend alors appui sur les barres, fait un premier aller-retour, alors qu'elle ne le pouvait pas auparavant.
Aujourd'hui, dès qu'elle le peut, elle se déplace avec des béquilles. Son avocat l'accompagne dans les expertises, les indemnisations, la recherche d'un logement adapté et la préparation du procès. La mairie de Paris et un syndic de copropriété de la rue de Trévise sont renvoyés devant la justice pour homicides et blessures involontaires. « J'attends juste que justice soit faite, que la vérité soit dite, que des responsables assument », affirme Inès.
Inès témoignera à la barre lors du procès. Près de huit ans après l'explosion, l'étudiante en droit, qui rêvait de devenir magistrate, dit livrer une bataille de chaque instant pour se reconstruire. « Depuis le 12 janvier 2019, je n'ai pas l'impression d'être en vie, et je n'ai pas envie d'être en vie. Si on m'avait laissé le choix, j'aurais aimé mourir ce jour-là, plutôt que d'être encore là », confie-t-elle.
