Chaque année, au printemps ou presque, des millions de bouquets de fleurs, de boîtes de chocolats et de cartes de vœux fleurissent en l’honneur des mères. Mais si cette célébration est universellement répandue, sa date varie d’un pays à l’autre, au point de semer la confusion sur les réseaux sociaux ou dans les calendriers des expatriés. Alors, pourquoi la fête des mères n’est-elle pas célébrée à la même date en France, aux États-Unis, en Allemagne ou en Argentine ? Pour le comprendre, il faut remonter à ses origines historiques, culturelles et politiques.
En France, une célébration ancrée dans l’histoire du XXe siècle
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fête des mères en France n’a pas été importée directement des États-Unis. Si l'idée d’honorer les mères remonte à l’Antiquité - les Grecs et les Romains rendaient déjà hommage aux déesses mères comme Rhéa ou Cybèle - la version moderne de cette célébration a des racines bien plus récentes.
C’est à Lyon en 1918 qu’une première « journée des mères » est organisée pour honorer les femmes ayant perdu leurs fils durant la Première Guerre mondiale. Cette idée sera reprise par le régime de Vichy, qui institue officiellement une « journée nationale des mères » en 1941, dans un esprit nataliste et traditionaliste. L’objectif est alors double : valoriser les femmes au foyer et encourager les familles nombreuses, dans un contexte de déclin démographique.
Après la guerre, cette fête est conservée mais laïque et vidée de son contenu idéologique. Elle devient officiellement une célébration civile en 1950, sous la présidence de Vincent Auriol, par une loi du 24 mai qui fixe la date de la fête des mères au dernier dimanche de mai, sauf si celui-ci tombe le même jour que la Pentecôte, auquel cas elle est repoussée d’une semaine. En 2025 par exemple, elle sera célébrée le 25 mai.
Aux États-Unis, une initiative privée devenue fête nationale
Outre-Atlantique, l’origine est très différente. La fête des mères américaine a été initiée par Anna Jarvis, une institutrice de Virginie occidentale, qui a voulu rendre hommage à sa mère décédée en organisant en 1908 un service religieux dans son église locale. Elle milite ensuite pour faire de ce jour une célébration nationale.
Son combat paie : en 1914, le président Woodrow Wilson proclame le deuxième dimanche de mai comme « Mother’s Day », un jour férié en l’honneur des mères américaines. La date n’est pas choisie au hasard : elle correspond au dimanche le plus proche de l’anniversaire de la mère d’Anna Jarvis. Contrairement à la fête française, cette célébration est née dans la sphère privée, puis a été institutionnalisée par le gouvernement, avec une forte implication du secteur commercial.
Ironie du sort, Anna Jarvis finira par dénoncer avec véhémence le caractère mercantile que la fête a pris dans les années 1920, allant jusqu’à engager des procès contre les fleuristes et les fabricants de cartes de vœux.
Des traditions très diverses selon les pays
Si beaucoup de pays ont calqué leur calendrier sur celui des États-Unis, d'autres ont préféré suivre leurs propres traditions religieuses ou historiques. C’est ce qui explique les grandes variations de dates à travers le monde.
En Allemagne, en Italie, en Belgique, au Brésil ou encore au Canada, la fête des mères est également célébrée le deuxième dimanche de mai. Mais dans d'autres pays, la date varie fortement :
- Au Royaume-Uni, la fête des mères, appelée « Mothering Sunday », a lieu le quatrième dimanche de Carême, soit généralement en mars. Cette tradition remonte au XVIIe siècle, quand les domestiques avaient un jour de congé pour rentrer voir leur famille
- En Argentine, la fête des mères est célébrée le troisième dimanche d’octobre, une décision prise dans les années 1930 pour s’aligner à l’époque sur le calendrier liturgique de l'Église catholique
- En Thaïlande, c’est le 12 août, jour de naissance de la reine Sirikit, considérée comme « mère de la nation »
- En Indonésie, on célèbre la fête des mères le 22 décembre, en mémoire de la première conférence féminine nationale en 1928
Ces exemples montrent que la fête des mères est souvent instrumentalisée par des pouvoirs politiques ou des institutions religieuses, qui y voient un vecteur de cohésion sociale ou d’affirmation identitaire.
Une fête universelle, mais des enjeux multiples
Derrière la diversité des dates se cachent des enjeux sociaux et culturels importants. Dans les pays occidentaux, la fête des mères est souvent perçue comme une journée commerciale, au même titre que la Saint-Valentin ou Noël. Pourtant, dans d’autres régions du monde, elle revêt un caractère politique ou religieux marqué.
Dans les sociétés traditionnelles, elle met en avant le rôle central de la mère dans la famille et la société. Dans d’autres, elle devient un prétexte pour des revendications féministes, comme au Mexique où des marches de mères de disparus sont organisées le 10 mai.
Le développement mondial d’internet et des réseaux sociaux a créé une forme de désynchronisation culturelle. Chaque année, de nombreux internautes s’étonnent de voir passer des hommages à leur mère alors que leur propre pays n’a pas encore célébré l’événement. Cette confusion est notamment visible dans les pays francophones d’Afrique, qui oscillent entre les dates françaises et celles anglo-saxonnes.
Calendrier comparatif de la fête des mères dans quelques pays
| Pays | Date de la fête des mères | Particularité principale |
|---|---|---|
| France | Dernier dimanche de mai | Fixée par la loi de 1950 |
| États-Unis | Deuxième dimanche de mai | Initiée par Anna Jarvis, fortement commerciale |
| Royaume-Uni | Quatrième dimanche de Carême | Tradition religieuse ancienne (« Mothering Sunday ») |
| Thaïlande | 12 août | Anniversaire de la Reine Sirikit |
| Argentine | Troisième dimanche d’octobre | Tradition catholique |
| Indonésie | 22 décembre | Commémoration d’une conférence féminine en 1928 |
| Mexique | 10 mai | Très populaire, même jour chaque année |
| Allemagne, Belgique, Canada | Deuxième dimanche de mai | Alignés sur le modèle américain |
Une célébration qui évolue avec les mentalités
Au fil des décennies, la fête des mères a su s’adapter aux mutations sociales. Aujourd’hui, elle ne se limite plus à la mère biologique : familles recomposées, mères adoptives, figures maternelles non genrées sont aussi célébrées dans de nombreux foyers.
Elle reste aussi un moment de questionnement sur la place des femmes dans la société. De plus en plus de voix s’élèvent pour faire de la fête des mères une occasion de réflexion sur la parentalité, les inégalités domestiques, ou le travail invisible des femmes. Certaines militantes féministes proposent d'ailleurs de repenser cette fête sous un angle plus inclusif et moins consumériste.
