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Pourquoi le vendredi 13 est un jour de chance ou de malchance ?

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Pour certains, ce n'est qu'un clin d'œil du calendrier. Pour d'autres, la date suffit à susciter une véritable appréhension. Le vendredi 13 reste l'un des symboles de malchance les plus persistants dans l'imaginaire collectif, en particulier dans les pays anglo-saxons. Pourtant, cette crainte n'a rien d'universel. Ailleurs en Europe et en Amérique latine, la superstition change de jour, de forme et parfois même de chiffre.

  • Le vendredi 13 est associé à la malchance en raison de croyances anciennes, notamment religieuses et mythologiques.
  • Les superstitions changent selon les cultures : mardi 13 dans certains pays, vendredi 17 en Italie.
  • La culture populaire a renforcé cette superstition avec des livres, films et campagnes marketing.
  • Les superstitions reflètent les croyances, l’histoire et les sensibilités culturelles de chaque société.

Cette diversité n'est pas anecdotique. Elle révèle à quel point les superstitions sont intimement liées à l'histoire, aux croyances religieuses et aux traditions culturelles. Le vendredi 13 en France ou aux États-Unis, le mardi 13 en Espagne ou en Grèce, le vendredi 17 en Italie : chaque société a façonné sa propre géographie de la malchance.

Le nombre 13, un symbole construit par les récits et les croyances

La réputation sulfureuse du nombre 13 ne repose pas sur un événement unique, mais sur une accumulation de récits symboliques transmis au fil des siècles. Dans de nombreuses cultures occidentales, ce chiffre apparaît comme une rupture de l'ordre établi, un dépassement inquiétant du cycle parfait incarné par le nombre 12.

Les références religieuses ont largement contribué à cette perception. Dans la tradition chrétienne, la Cène réunit Jésus et ses douze apôtres, et Judas, figure de la trahison, est souvent associé à la treizième place. Cette lecture symbolique, même si elle n'est pas attestée historiquement, a profondément marqué l'imaginaire collectif.

D'autres traditions renforcent ce malaise autour du chiffre. La mythologie nordique évoque un banquet de douze dieux perturbé par l'arrivée de Loki en treizième invité, déclenchant une tragédie. Dans la Bible, le chapitre 13 de l'Apocalypse est consacré à la Bête et à l'Antéchrist, accentuant encore l'association entre ce nombre et le mal. Même le Code d'Hammurabi, souvent cité pour l'absence d'une loi numérotée 13, a participé à nourrir le mythe, bien que les historiens y voient aujourd'hui une simple erreur de transcription.

Mardi 13 ou vendredi 13, une malchance qui change de jour selon les pays

Si le nombre 13 constitue un socle commun, le jour auquel il est associé varie fortement selon les cultures. En Espagne, en Grèce et dans plusieurs pays d'Amérique latine, ce n'est pas le vendredi mais le mardi 13 qui concentre les craintes. Cette différence trouve ses racines dans l'histoire antique et la symbolique des jours de la semaine.

Le mardi tire son nom de Mars, dieu romain de la guerre, de la violence et de la destruction. Dans la Grèce antique, ce jour est également associé à Arès et à des figures chaotiques comme Typhon, monstre ennemi des dieux. En Espagne, plusieurs défaites militaires et événements jugés funestes survenus un mardi ont contribué à ancrer durablement cette réputation. Un proverbe populaire résume cette méfiance : "En martes, ni te cases ni te embarques", une mise en garde contre les mariages et les voyages ce jour-là.

Dans le monde anglo-saxon, en revanche, le vendredi concentre une charge symbolique négative. Selon la tradition chrétienne, Jésus aurait été crucifié un vendredi, faisant de ce jour un moment associé à la souffrance et au deuil. Lorsque ce vendredi coïncide avec le nombre 13, la superstition se renforce et devient un marqueur culturel puissant.

Le vendredi 13, entre religion, littérature et culture populaire

La notoriété moderne du vendredi 13 doit beaucoup à la culture populaire. Le roman Friday, the Thirteenth de Thomas W. Lawson, publié au début du XXe siècle, joue un rôle clé dans sa diffusion. L'auteur y décrit comment un spéculateur exploite la peur liée à cette date pour provoquer une panique financière à Wall Street. Le succès de l'ouvrage contribue à inscrire durablement le vendredi 13 dans l'imaginaire collectif américain.

Le cinéma et la télévision amplifient ensuite le phénomène. Films d'horreur, séries, reportages et même campagnes marketing s'emparent de la date, transformant la superstition en objet culturel et commercial. En France, la Française des Jeux observe régulièrement des pics de participation lors des tirages du vendredi 13, preuve que la peur et l'espoir peuvent cohabiter dans une même croyance.

D'autres pays ont développé leurs propres variantes. En Italie, le jour redouté est le vendredi 17, en raison d'un jeu de lettres issu des chiffres romains. XVII peut être réarrangé en vixi, une formule latine signifiant " j'ai vécu ", souvent interprétée comme une évocation de la mort. Là encore, la superstition s'appuie davantage sur le symbole que sur un fait historique précis.

Les superstitions comme révélateur des sensibilités culturelles

Qu'elles soient prises à la légère ou vécues avec sérieux, les superstitions continuent d'influencer les comportements contemporains. Dates de mariage évitées, voyages reportés, décisions économiques différées : ces croyances façonnent encore des choix bien réels.

Les connaître, c'est aussi faire preuve de sensibilité culturelle. Elles racontent la manière dont chaque société interprète le hasard, le danger et l'inconnu. Derrière le vendredi 13 ou le mardi 13, il ne s'agit pas seulement de malchance, mais d'un héritage collectif transmis par les récits, les religions et l'histoire.

La prochaine fois que le calendrier affichera un 13, chacun y verra ce qu'il souhaite. Un simple chiffre, un clin d'œil culturel ou un jour à éviter. Mais une chose est sûre : ces superstitions en disent souvent plus sur nos sociétés que sur le hasard lui-même.

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Journaliste freelance, fan d'aviron et de voyages.