Plusieurs personnalités politiques, notamment au sein de l'exécutif, accusent l'ultragauche d'être impliquée dans les violences contre les forces de l'ordre ainsi que dans les dégradations de bâtiments publics et de commerces, survenues les samedi 17 et dimanche 18 octobre. Un premier suspect a été arrêté, mardi 20 octobre, dans l'enquête sur l'incendie de la mairie de Limoges (Haute-Vienne). Cet homme de 34 ans, originaire de la Creuse, est fiché S pour son appartenance à l'ultragauche et aurait déjà commis des violences contre les forces de l'ordre.
Dans son allocution, dimanche soir, Emmanuel Macron a dénoncé "des factieux" issus de ces groupuscules, qui auraient été "rejoints par de nombreux délinquants", se livrant ensemble "à une violence débridée dans nos villes". Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pointé la responsabilité de cette mouvance dans les dégradations, réitérant ses accusations mardi devant l'Assemblée nationale, où il a évoqué "la planification d'un schéma insurrectionnel" de l'ultragauche en lien avec l'extrême gauche. Sur BFMTV, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a vu dans ces violences l'œuvre de "la racaille", de "délinquants", mais aussi de "mouvements d'ultragauche organisés" et de "groupuscules d'extrême gauche".
Extrême gauche et ultragauche, deux notions distinctes
Les services de renseignement font toutefois la différence entre "extrême gauche" et "ultragauche". La première entre "dans le champ républicain", comme La France Insoumise (LFI), selon une source sécuritaire qui s'est exprimée auprès de France Télévisions, et ce parti n'aurait pas participé aux violences du week-end. Les membres de l'ultragauche, eux, sont regroupés dans des "groupuscules violents, radicaux, en marge du champ démocratique et républicain", qui se situent "hors des partis", détaille la même source.
Un point commun existerait entre les deux, selon elle : "la lutte contre le fascisme". "Et contre le capitalisme", ajoute Sylvain Boulouque, historien des radicalités politiques et des mouvements sociaux, contacté par franceinfo. Il préfère parler de "groupes affinitaires se rassemblant ça et là pour participer à des actions violentes" plutôt que de "groupuscules". Les renseignements estiment ces militants à environ 5 000 sur tout le territoire, certains vivant dans des squats, d'autres étant étudiants ou jeunes actifs, "bien - voire très bien - insérés".
S'il est impossible d'établir un décompte précis, cette mouvance est "en progression ces dernières années", selon Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Elle rappelle qu'en 2022, les renseignements territoriaux évoquaient un mouvement "de 2 500 à 3 000 personnes". Ces militants sont notamment présents à Rennes et Nantes, ainsi qu'à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et à Dijon (Côte-d'Or), selon les renseignements, tandis que Sylvain Boulouque observe qu'ils sont "de plus en plus nombreux" à Marseille et à Limoges.
Paris, pillages et réseaux sociaux
Selon la source sécuritaire, des membres de cette mouvance étaient présents place de la République, à Paris, avant le début de la manifestation contre la vie chère, samedi, avec "des affrontements qui ont commencé dès 13 heures avec les forces de l'ordre". Ils seraient restés sur place "pour l'essentiel de la journée". Les pillages dans la capitale émanaient, eux, d'un "mix de gens" répondant "à des appels sur les réseaux sociaux", selon la même source. Pour Sylvain Boulouque, la priorité de ces militants "est de s'en prendre aux forces de l'ordre et aux symboles du capitalisme", avec la destruction de McDonald's ou d'enseignes comme Monoprix. "Ce n'est certainement pas eux qui vont s'en prendre aux petits commerçants comme ça a été largement le cas ce week-end." Isabelle Sommier estime que les pillages restent "marginaux" chez les membres de l'ultragauche. Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, a déclaré sur TF1 ne pas pouvoir "absolument pas confirmer" que les personnes placées en garde à vue dans son ressort seraient "politisées vers l'ultragauche". Elle a souligné que de très nombreuses personnes interpellées "ne revendiquent pas de positionnement politique". Cette position contredit l'analyse de Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, qui a insisté tout au long du week-end sur la responsabilité des réseaux d'ultragauche dans les violences urbaines. Sur le terrain, ces profils sont par ailleurs "durs à attraper", reconnaît la source sécuritaire, en raison de leur grande mobilité.
