Des témoins sous le choc
Un homme de 39 ans est en garde à vue après un périple meurtrier qui a fait un mort et cinq blessés à Trappes et à La Verrière, vendredi 23 octobre, dans les Yvelines. Emmanuel Macron a qualifié les faits d'« attaque terroriste raciste ». Dans les quartiers touchés, les habitants disent leur sidération et leur inquiétude.
Dans le quartier du Bois de l'Étang, où deux personnes ont été blessées par balle, Selmen s'approche du ruban jaune de la police, à l'endroit où il dit avoir vu le tireur viser deux personnes. « J'ai entendu des détonations. Au moment de payer, j'entends «pa pa pa». Je sors de la boulangerie. Je vois un monsieur. Il tire sur des gens et les deux personnes sont au sol », raconte-t-il. Selon lui, il s'agit d'un acte raciste : « Il a tiré sur les Africains. »
Abdel se trouvait à son garage lorsqu'il a entendu les détonations. En sortant, il a croisé la Clio grise du suspect. « Quand il est passé à côté de moi, il m'a dit : «Vous avez de la chance.» Et après il est parti », décrit-il. Il estime que l'homme était pressé et relève que la mosquée se trouve à côté.
Un climat dénoncé par les habitants
La mosquée se situe à 30 mètres du lieu des tirs. Mustafa, 58 ans, se demande ce qui se serait passé si le suspect était arrivé au moment de la grande prière du vendredi, quand il y a beaucoup de monde devant. « Ce n'est pas ça, la France. J'ai 58 ans, je ne reconnais plus chez moi. Moi, je suis français », dit-il. Il attribue une grande partie de ce qui arrive aux médias, accusant certaines chaînes d'attiser la haine. Ce discours revient, selon le reportage, dans la bouche de presque chaque habitant rencontré.
Ali, dont la voiture a été récupérée après le passage de la police scientifique, a reçu une balle qui a traversé le capot. « On ne se sent pas à l'abri. On se dit que ça peut arriver à notre sœur, à notre mère », explique-t-il. Il évoque les propos entendus depuis des années : « Des années que ça dure quand on entend «le voile par-ci, les Arabes par-là», et ça finit comme ça. »
Non loin, une tache de sang est visible sur le trottoir, au pied d'un Kangoo criblé d'impacts de balles. C'est la voiture d'un des blessés, un employé de ménage touché alors qu'il sortait son matériel. Le seau et la serpillière sont toujours posés sur le trottoir.
