Après les pillages et les dégradations survenus lors des mobilisations du samedi 17 octobre, des internautes tentent d'identifier eux-mêmes les auteurs présumés. Ils publient des images de personnes filmées sous les mots-clics #BalanceTonPilleur et #BalanceTonCasseur, alors que les enquêteurs cherchent toujours à identifier les auteurs des faits.
Pour cela, les enquêteurs peuvent s'appuyer sur des images de vidéosurveillance, mais aussi sur les nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Certains internautes utilisent également ces images pour mener leurs propres recherches.
Des captures d'écran et un appel à l'identification
Généralement, les internautes partagent d'abord une vidéo où l'on voit des casses et des pillages. Ils accompagnent ensuite ces images de captures d'écran centrées sur les visages des personnes filmées, en demandant à leur communauté d'identifier celles qu'ils présentent comme des casseurs ou des pilleurs. Ces publications sont généralement accompagnées de l'un de ces deux mots-clics.
Selon Visibrain, outil spécialisé dans l'analyse des réseaux sociaux, la première utilisation recensée de #BalanceTonPilleur remonte au samedi 17 octobre, à 23 heures. Depuis, ce mot-clic a été utilisé dans plus de 67 000 publications sur X, avec une forte accélération à partir du lundi 19 octobre. Sur TikTok, les vidéos associées à #BalanceTonCasseur cumulent 7,2 millions de vues.
Un risque juridique, selon une avocate
Diffuser le visage d'une personne en la présentant comme pilleur ou casseur n'est pas sans conséquence. Scheherazade Abboub, avocate spécialisée en droit du numérique, rappelle que tout dépend notamment du contexte de la publication et de la manière dont la personne est présentée. "La diffusion d'une capture d'écran peut être tout à fait licite, puisque ça a un but d'intérêt général, pour contribuer à l'identification de délinquants." Selon elle, le problème tient à "isoler des personnes qui vont être reconnues, de solliciter leur identification, de leur attribuer une infraction sur les réseaux sociaux", ce qui augmente fortement le risque de diffamation, d'atteinte à la vie privée et d'atteinte à la présomption d'innocence.
Même si les images ont été tournées dans un lieu public, leur diffusion peut, selon les circonstances, engager la responsabilité de leur auteur. L'avocate conseille donc de ne pas chercher à identifier publiquement les personnes filmées ni à les présenter comme coupables d'une infraction, et de transmettre directement à la police ou à la gendarmerie les images montrant de possibles infractions. "On ne peut pas se faire justice, prendre la place du juge ou du policier, quand bien même l'intention est louable. On ne peut pas s'arroger des pouvoirs qu'on n'a pas en tant que citoyen", insiste-t-elle.
Détournements humoristiques et politiques
Ces hashtags font aussi l'objet de détournements. Certains utilisent l'intelligence artificielle pour améliorer la netteté d'un visage, alors que les outils d'IA générative inventent le plus souvent des détails qui n'étaient pas présents sur l'image d'origine. D'autres associent #BalanceTonPilleur à des photos de personnalités politiques, comme Marine Le Pen, Éric Ciotti, Gérard Larcher ou Nicolas Sarkozy.
Marine Le Pen a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens du FN, une condamnation qui n'est pas définitive.
