PSG ou le triomphe du wokisme

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Le 1er juin 2025, Michel Taube signait dans Opinion Internationale une tribune au titre volontairement provocateur : « Le PSG, le triomphe du wokisme sur le nationalisme identitaire ou la France telle qu’elle est advenue ? ». Prenant prétexte de la victoire historique du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, l’auteur brosse un portrait contrasté de la France contemporaine, tiraillée entre l’idéal de diversité et les tensions identitaires. Une analyse qui, sous des airs de lucidité, mérite un examen critique tant sur le fond que sur la forme.

Une diversité qui dérange autant qu’elle fascine

Pour Michel Taube, le PSG incarne la mondialisation dans sa forme la plus éclatante. Propriété d’un fonds souverain qatari, le club parisien rassemble des joueurs de multiples continents et de confessions variées. Dans les tribunes, la diversité des supporters serait, selon lui, le reflet fidèle de la mosaïque parisienne. Sur ce constat, difficile de lui donner tort. Selon une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) de 2024, la région Île-de-France est l’une des plus cosmopolites d’Europe avec près de 38 % de ses habitants issus de l’immigration.

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    Cependant, la thèse du triomphe d’un « wokisme » généralisé dans la sphère sportive semble pour le moins exagérée. Le terme même de wokisme, souvent galvaudé, est ici employé sans définition claire. Faut-il voir dans la composition multiculturelle d’une équipe un projet politique ? Ou simplement le reflet d’un marché du football mondialisé où la recherche de talents ne s’arrête pas aux frontières nationales ? Rien n’indique que le PSG fasse la promotion de valeurs dites « woke », encore moins qu’il participe sciemment à une entreprise de déconstruction identitaire.

    Le sport, terrain d'une autre bataille culturelle

    Michel Taube souligne ensuite le paradoxe d’une France qui, selon lui, applaudit une équipe multicolore sur le terrain tout en votant pour des formations politiques prônant un repli national. Les dernières élections européennes semblent lui donner raison : le Rassemblement National a obtenu 29 % des suffrages, un score historique. Mais l’argument reste simpliste. Le sport a toujours constitué un espace d’exception, où la réussite individuelle et collective prime sur les considérations ethniques ou religieuses. L’épopée des Bleus en 1998, souvent citée comme modèle d’unité, en est le meilleur exemple.

    En réalité, les supporters ne célèbrent pas une idéologie ; ils célèbrent des performances, du talent, de l’émotion. La politisation excessive du sport, bien qu’indéniable à certains égards, ne peut suffire à expliquer les tensions sociales. Les enjeux identitaires trouvent leur source dans des réalités économiques, sociales et territoriales bien plus complexes que la simple diversité visible sur un terrain de football.

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      Le miroir déformant d’une tribune partisane

      La lecture proposée par Michel Taube oscille entre nostalgie d’une France homogène et crainte d’une identité nationale dissoute dans la mondialisation. Mais cette grille d’analyse, binaire et pessimiste, oublie les dynamiques d’intégration, de brassage culturel et d’innovation sociale qui caractérisent aussi notre époque. La France ne se résume pas à un choc des civilisations miniature ; elle se construit, lentement, à travers des trajectoires individuelles mêlant héritage et renouvellement.

      Quant au PSG, il est avant tout une entreprise, dont l’objectif est la rentabilité sportive et économique. Sa gestion est celle d’une multinationale, et ses supporters viennent de tous horizons. Y voir un symbole politique relève d’une lecture partielle et orientée. Les enjeux de la diversité sont sérieux et méritent mieux qu’une instrumentalisation à des fins idéologiques.

      À force de convoquer le spectre du wokisme ou du repli identitaire à tout propos, on risque de perdre de vue l’essentiel : la capacité d’une nation à se renouveler sans renier ce qui fait sa richesse. Une pluralité acceptée, sans naïveté ni rejet systématique.

      Journaliste freelance, fan d'aviron et de voyages.