Mardi 26 Mai 2020

La Thérapie de la dernière chance de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg (Ed. Odile Jacob)


Il ne se passe pas un jour sans que l’on soit informé par les médias, souvent sans vergogne, d’agressions sexuelles, de viols, d’actes de pédophilie, faits divers odieux et bouleversants, presque banalisés dans le flot des autres faits divers odieux et bouleversants. Quant aux victimes, quand elles n’appartiennent pas aux milieux artistiques ou littéraires propices aux témoignages retentissants, on ne sait rien d’elles, elles s’effacent malheureusement dans leur douleur anonyme, au gré d’une actualité plus sensationnelle.

Le livre de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg rompt cet inexorable silence en donnant la parole à la victime, qui nous invite dans l’intimité de sa longue thérapie.

La Thérapie de la dernière chance de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg (Ed. Odile Jacob)

Sophie, elle a été abusée à l’âge de 6 ans.
Le livre commence par de très courts extraits de son journal intime, de 6 ans à 20 ans, c’est le silence et l’atroce souffrance. A 21 ans elle dit tout à son père. A 24 ans elle  porte plainte, mais l’affaire est classée sans suite. De 25 à 34 ans un désespoir dévastateur s’installe en elle. A 36 ans Sophie est éditrice jeunesse, elle a un mari aimé et aimant, elle décide un jour de pousser la porte du cabinet d’Emmanuel Goldenberg.
Emmanuel Goldenberg, il est médecin, psychiatre et psychothérapeute, formé à la psychanalyse, aux thérapies comportementales et cognitives, à la relaxation et à l’hypnose. Il a l’âge d’être grand-père.

Un voyage difficile

Voyage initiatique pour l’un comme pour l’autre, c’est un cheminement douloureux, chaotique, parfois drôle, toujours bouleversant,que ce singulier tandem nous convie à suivre.
Sophie est malade, elle hurle son mal être. Emmanuel va tout mettre en œuvre pour la guérir.
On approche avec pudeur la victime dans sa vérité la plus intime, la plus enfouie, celle de  la petite fille, de la jeune fille, de la jeune femme. On découvre l’horreur que l’enfant a subie et la brutalité des conséquences qui en résultent dans sa vie d’adulte. Sophie, se bat, se débat avec une énergie admirable, bien déterminée, malgré ses propres entraves, à se reconstruire.

La Thérapie de la dernière chance de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg (Ed. Odile Jacob) #2

On approche le thérapeute dans sa pratique, faite d’interrogations récurrentes, de doutes sincères, d’expériences, réussies ou non, guérir l’âme, le corps aussi, c’ est difficile. Un médecin humain, jamais investi du pouvoir absolu, toujours animé d’une volonté farouche pour aider sa patiente à se libérer de son enfer, quelle que soit la méthode, si peu orthodoxe parfois, il le sait, au regard de ses pairs. Il doit apprendre à faire ce qu’il ne sait pas faire.
La fin doit pouvoir, en certaines circonstances, justifier les moyens  !

Une écriture vivante

Rien de rébarbatif dans ce témoignage à deux voix, l’écriture est vivante, alerte, facile à suivre malgré les méandres compliqués de l’itinéraire. Les voix se répondent dans des paragraphes souvent imprimés dans des polices de caractères différentes, le lecteur ne pourra pas s’égarer. Quand elle ne peut plus parler, Sophie dessine, elle envoie des courriels, des SMS à Emmanuel qui lui répond. Cela instaure entre eux une relation qui ne s’interrompt jamais : c’est une séance interminable qui dure tout le long de leur travail. Le procédé est sans doute incongru pour la doxa psychanalytique, mais l’informatique ne fait-elle pas désormais partie intégrante de notre vie ?

La Thérapie de la dernière chance de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg (Ed. Odile Jacob) #3

Quelques dessins sont reproduits, ils nous font partager avec une grande  puissance ce que ressent Sophie. On est saisi par l’émotion tant ils sont explicites.

Du  lecteur au témoin

Le lecteur peut, dans un premier temps, se sentir mal à l’aise, voyeur d’une confession douloureuse, spectateur illégitime d’un acte médical intime.
Pris à parti au détour d’une page, il est intégré au récit,  il n’est plus lecteur mais témoin d’une histoire vraie, faite de chair, de sang et de souffrance.
Sophie a voulu témoigner, briser le silence et délivrer "un message  d’espoir pour tous les enfants maltraités et abusés", son thérapeute l’a aidée, soutenue dans cette démarche, son témoignage à lui aussi est vérité.

On referme le livre, un peu déboussolé, les victimes anonymes se sont incarnées et on ne peut s’empêcher de penser qu’il nous faudra être encore plus vigilants pour nos enfants.

La Thérapie de la dernière chance de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg (Ed. Odile Jacob) #4

La Thérapie de la dernière chance /Une patiente et son psy témoignent,  de Sophie Tran Van et Emmanuel Goldenberg  (Ed. Odile Jacob)

Dessins publiés avec l’accord de l’Editeur

Agnès Krief
Agnès Krief

Passionnée de cinéma, curieuse de tout.