Dix hommes, « susceptibles d'appartenir à la mouvance d'ultradroite » selon le procureur de Nice, ont comparu mardi en comparution immédiate devant la justice niçoise. Poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de la commission de violences volontaires, ils ont été placés sous contrôle judiciaire jusqu'à leur procès, fixé au 26 novembre.
Des profils variés, des antécédents pour la moitié
Le groupe avait été interpellé samedi 24 octobre, lors de la manifestation contre la vie chère organisée à Nice. Une centaine de personnes, vêtues de noir, portant un brassard blanc et parfois une cagoule, s'étaient jointes au cortège en marge de celui-ci. Selon le parquet, le groupe arborait une bannière « Touche pas à ma ville » avant de se retrouver au cœur d'affrontements avec des manifestants. Onze personnes ont été interpellées, dont un mineur, déjà présenté au juge des enfants. Les dix majeurs ont comparu mardi.
Âgés de 18 à 29 ans, les prévenus résident à Nice ou dans les environs, à Contes, Cagnes-sur-Mer ou Saint-Laurent-du-Var. Ils exercent des métiers variés : barman, ambulancier, chauffeur de taxi, employé de la restauration, gérant de pizzeria, commercial dans le bâtiment. Deux d'entre eux ont monté une affaire ensemble et gèrent trois restaurants à Nice. Interrogé sur leurs liens, l'un des prévenus, Anthony P., a expliqué que « la moitié » se connaissait « depuis l'enfance ».
La moitié du groupe a déjà un casier judiciaire, avec une ou plusieurs mentions pour des faits de violence, de conduite sans permis ou en état d'ivresse, d'usage de stupéfiants, de violences aggravées, de violences conjugales ou de dégradation de biens d'autrui. Ces antécédents pourront, a souligné la procureure, peser dans la décision de placement en détention.
Une audience centrée sur les faits
La présidente du tribunal a rappelé les faits reprochés à chaque prévenu : association de malfaiteurs en vue de commettre des violences volontaires aggravées par trois circonstances, et port d'armes de catégorie D pour au moins deux d'entre eux. Elle a aussi évoqué les deux arrêtés préfectoraux interdisant les manifestations, ainsi que les sommations adressées aux quelque 2 000 personnes qui parcouraient la ville « de manière anarchique ». Le groupe a été interpellé à 17 heures 26 sur l'avenue Desambrois, après une course-poursuite dans une Porsche et une Golf, au cours de laquelle des gants, des cagoules, de l'argent liquide, des cache-cols et un étui pouvant contenir une matraque ont été retrouvés.
Pour la procureure adjointe Maud Marty, il s'agit d'une « expédition punitive ». Elle a toutefois précisé : « Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, pas de l'idéologie mais du droit, uniquement du droit. » Elle a ajouté que « ces personnes participaient bien à une entente ». Selon elle, la seule question à trancher était : « Y a-t-il un risque majeur de renouvellement des faits pour décider que la détention provisoire ? » Elle a requis un placement sous contrôle judiciaire pour cinq des prévenus et la détention provisoire pour les autres.
Après délibération, le tribunal a décidé que les dix hommes seraient remis en liberté, tous placés sous contrôle judiciaire. Ils ont interdiction de manifester, de rentrer en contact avec les autres protagonistes, de sortir du territoire national et de détenir une arme, et doivent répondre aux convocations. Les dix hommes sont présumés innocents.
Interrogés par ICI Côte d'Azur TV lors de la manifestation, les hommes au brassard blanc n'avaient pas souhaité s'exprimer. Mardi, ils ont pris la parole sur un compte Instagram créé récemment, intitulé « touche.pas.a.ma.ville ». Dans un communiqué, le groupe affirme avoir « fait un choix simple : se tenir aux côtés de ces commerçants ». Il dit rejeter les qualificatifs de « nervis d'extrême droite », de « néonazis » ou de personnes « venues pour en découdre ». Selon ce texte, le groupe aurait été agressé par des manifestants armés de couteaux, qui auraient lancé des projectiles dans sa direction. « Nous avons fait face jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre puis nous nous sommes retirés », indique-t-il.
