Abdul el-Sayed, candidat démocrate musulman, irrite Donald Trump avant les midterms

Abdul el-Sayed, candidat démocrate musulman, irrite Donald Trump avant les midterms

Le démocrate Abdul el-Sayed, 41 ans, devance son adversaire républicain d'une courte tête dans les sondages pour les élections dans le Michigan. En cas de victoire, il deviendrait le premier musulman à siéger au Sénat fédéral. Samedi 24 octobre, l'ancien président Barack Obama est venu à Detroit le soutenir lors d'un meeting.

Né à Rochester Hills, dans la banlieue de Detroit, ce fils d'immigrés égyptiens avait déjà échoué à devenir gouverneur du Michigan en 2018. Épidémiologiste n'ayant jamais exercé la médecine, il a été entré dans la fonction publique et a notamment dirigé le service de santé de Detroit. En août, il a créé la surprise en remportant les primaires du Parti démocrate dans le Michigan, avec un petit point d'avance sur la représentante modérée Haley Stevens, à l'issue d'une campagne tendue, marquée par le débat sur la guerre dans la bande de Gaza.

Abdul el-Sayed critique le conflit en Iran et le soutien américain aux opérations militaires israéliennes. Il s'en prend directement à Donald Trump : « Donald Trump est le pire symptôme de la maladie qui touche notre vie politique », a-t-il lancé samedi devant 4 000 sympathisants.

Une campagne centrée sur le pouvoir d'achat et la santé

Selon Clifford Young, directeur des sondages pour l'institut Ipsos aux Etats-Unis, le candidat fonctionne parce qu'il « parle des besoins des Américains ». Comme d'autres candidats de son parti, il concentre son discours sur la crise du pouvoir d'achat, alors que les prix de l'essence ne cessent de grimper. Selon NBC, la campagne pour les midterms est la plus chère de l'histoire du pays. À chaque meeting, il fait scander à son public son « programme simple » : « Moins d'argent en politique. Plus d'argent dans vos poches. L'assurance-maladie publique pour tous. »

Parmi les sympathisants, Laura, électrice démocrate venue en famille, soutient le candidat depuis 2018. « J'y crois à 100 % : tant de gens dans ce pays plongent dans la pauvreté à cause de dettes médicales », déplore-t-elle. Léa Chevrollier, chercheuse indépendante spécialiste des démocrates, parle à son propos de « populisme économique ». Abdul el-Sayed incarne, selon elle, « l'aile gauche du parti », qui a « le vent en poupe » à l'approche des élections de mi-mandat.

Lors de son premier mandat, Barack Obama avait rendu obligatoire l'assurance-santé pour tous les Américains. Abdul el-Sayed veut aller plus loin en rendant universelle la couverture de santé publique, quitte à être taxé de « socialiste ». Il ne revendique pas cette étiquette, contrairement à Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders et Zohran Mamdani, qui soutiennent tous trois sa candidature. Hans Noel, professeur de sciences politiques à l'université Georgetown, observe que « la plupart » des électeurs « veulent juste des solutions ».

Des attaques visant son prénom et sa famille

Abdul el-Sayed et Barack Obama partagent un autre point commun : un prénom à consonance arabophone, devenu la cible d'attaques répétées du Parti républicain. « J'ai été le premier à en faire l'expérience », a relevé l'ancien chef d'Etat, de son nom complet Barack Hussein Obama.

Dimanche, lors d'un meeting républicain à Port Huron, Donald Trump a qualifié le candidat de « jihadiste » et l'a accusé d'entretenir des liens avec les Frères musulmans. Le démocrate conteste ces accusations, qui ne sont étayées d'aucun élément probant, selon The Washington Post. Le président reproche notamment au médecin d'avoir signé, en 2012, une tribune soutenant Mohamed Morsi, alors président égyptien issu des Frères musulmans. L'équipe de campagne a refusé de commenter cette lettre. La mère du candidat, qui a travaillé au début des années 2000 pour une association ensuite désignée comme soutenant des groupes terroristes, est également mentionnée, selon le New York Times. « Ma mère n'est pas en campagne. (...) C'est moi le candidat », a répondu Abdul el-Sayed.

À moins d'une semaine du scrutin, l'agrégateur de MS Now crédite le candidat d'une avance de trois points sur Mike Rogers, soit dans la marge d'erreur. Une autre enquête d'opinion indique qu'environ 45 % des électeurs du Michigan disent refuser de voter pour un musulman à la présidentielle, selon The Washington Post. Samedi, Barack Obama a pour sa part assuré : « Et ça commence par envoyer Abdul el-Sayed au Sénat. »

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