Vendredi 19 Janvier 2018

Royaume-Uni et Allemagne : le tabac à chauffer rejoint la liste des produits à « risques réduits »

Dans la lutte contre le tabagisme, la communauté scientifique privilégie depuis plusieurs années une approche dite de réduction des risques. Plutôt que de prôner l’arrêt complet et rien d’autre, de nombreux spécialistes de l’addiction encouragent désormais ceux qui ne parviennent pas à arrêter à passer à des produits moins nocifs pour la santé. L’idée est de conserver la prise de nicotine, mais d’éviter l’inhalation de fumée de combustion, responsable de 95% des effets négatifs. Deux études scientifiques publiées cette semaine viennent de valider encore plus cette approche, en annonçant que le tabac à chauffer (à l’instar de la e-cigarette classique) pouvait être considéré comme un produit à risques réduits.

Committee on Toxicity : il y a bien une réduction des risques

En Angleterre, le Committee on Toxicity (CoT) est un organisme scientifique chargé de conseiller l’agence sanitaire nationale, ainsi que le ministère de la santé sur les enjeux de toxicité des produits chimiques. Dans ce cadre, le CoT a été missionné il y a plusieurs mois pour « évaluer le risque toxicologique des nouveaux produits de tabac à chauffer », spécifiquement pour deux produits disponibles sur le marché anglais : l’IQOS de Philip Morris International (PMI), et l’IFUSE de British American Tobacco (BAT).

Après la publication en octobre 2017 de l’étude de Tobacco Control affirmant que des millions de vies seraient sauvées en favorisant le passage de la cigarette classique à l’e-cigarette à liquide, l’enjeu était donc de savoir si le même raisonnement s’appliquait au tabac à chauffer. Dans leur rapport, publié le 12 décembre, les experts du CoT permettent d’avancer dans ce sens.

Tout en rappelant que tout comparatif reste évidemment (et toujours) en faveur de l’arrêt total du tabac, les experts du CoT indiquent qu’« il a été reconnu que ces produits [IQOS et IFUSE] pouvaient représenter une réduction de la nocivité pour les personnes qui, autrement, fumeraient des cigarettes. » Surtout, ils insistent sur le fait qu’« il y a vraisemblablement une réduction des risques pour les fumeurs traditionnels choisissant de passer au tabac à chauffer à la place des cigarettes » mais aussi en terme de tabagisme passif, puisque « une réduction des risques concernerait aussi les personnes à proximité lorsqu’un fumeur passe de la cigarette au tabac à chauffer. »

En résumé, le CoT conclut son analyse en indiquant que « l’exposition à des composés chimiques dangereux est réduite en cas d’utilisation du tabac à chauffer par rapport à la fumée des cigarettes traditionnelles » et qu’il y a donc « probablement une réduction globale du risque sanitaire pour les fumeurs passant aux produits étudiés [IQOS et IFUSE] ».

Les scientifiques allemands constatent des « risques sanitaires inférieurs »

A quelques heures d’intervalle, en amont de la publication complète des résultats, une autre autorité sanitaire européenne, le BfR allemand, qui est l’instance scientifique en charge de la sécurité sanitaire, auprès du gouvernement fédéral  - dépendant du Ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture- rendait elle aussi publique les premiers éléments d’une recherche en laboratoire spécifiquement centrée sur les données de Philip Morris et de son produit IQOS.

En effet, le BfR a communiqué à la presse les principaux éléments de son rapport. Premièrement, les scientifiques ont indiqué que leurs résultats « coïncident largement » avec les études menées par PMI. Une précision qui était très attendue. En effet, en raison du lourd passif de l’industrie du tabac avec la communauté scientifique, les études produites par PMI avaient été accueillies avec une méfiance compréhensible

Globalement, le BfR (en cohérence avec les analyses du CoT) indique que ses recherches permettent de conclure que, dans la mesure où le tabac chauffé ne produit pas de combustion, donc pas de fumée, « il est probable qu’une réduction significative de la production de substances suspectées de nocivité sera associée à des risques sanitaires inférieurs à ceux de la cigarette traditionnelle. » Cependant, là encore, l’organisme allemand rappelle que l’arrêt complet reste préférable, et se contente d’une analyse comparative.

Le CoT comme le BfR indiquent par ailleurs, l’un comme l’autre, que le manque de données sur le sujet ne permet pas d’avoir encore toutes les réponses. Notamment, s’il est désormais clair que la e-cigarette à liquide comme le tabac à chauffer sont des innovations à même de réduire les risques par rapport à la cigarette à combustion, leur mérité comparé en terme sanitaire reste à étudier. Mais nul doute que les résultats publiés par ces deux organismes réputés vont contribuer à faire avancer le débat, et sont appelés à être suivis par d’autres.


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