Des habitants de la ville d'Olechky, placée sous occupation russe, sont arrivés en territoire ukrainien, samedi 31 octobre, après avoir été évacués dans le cadre d'une rare trêve entre Kiev et Moscou. "On parle de plus d'une centaine de personnes, peut-être même plus de 200", a déclaré un responsable militaire ukrainien. Le nombre exact des évacués n'a pas encore été précisé, ni par Moscou ni par Kiev.
Leur périple les a d'abord conduits à Anapa, en Russie, sur les bords de la mer Noire, où ils ont embarqué à bord de quatre avions de transport militaires russes jusqu'à Gomel, en Biélorussie. Ils ont ensuite pris place dans des bus pour franchir le poste-frontière de Nova Guta, l'un des principaux points de passage entre la Biélorussie et l'Ukraine, avant de rejoindre un centre d'accueil dans la région de Tchernihiv.
Une opération en plusieurs étapes
Dans un premier temps, les deux armées ont honoré leurs engagements et fait taire les armes. Le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store ont eu un rare entretien avec Vladimir Poutine, avant d'appeler Volodymyr Zelensky. Les axes de circulation autour de la localité ont ensuite été déminés, afin de permettre la livraison d'une aide humanitaire et les évacuations.
Un militaire et un civil sont morts pendant cette phase de sécurisation, selon l'agence russe Interfax.
Une ville isolée depuis plusieurs semaines
Olechky est isolée depuis plusieurs semaines, en raison du minage des routes et des drones russes et ukrainiens qui sillonnent le ciel. La situation s'est encore dégradée ces dernières semaines, provoquant de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Certains habitants ont raconté à l'AFP avoir été contraints de chasser et de manger des pigeons, voire des chiens. La ville avait déjà été touchée par de graves inondations en 2023, après l'explosion d'un barrage.
Le pape Léon XIV s'était entretenu avec Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine pour réclamer une trêve humanitaire à Olechky. Les évacuations ont fait l'objet de longues négociations entre Kiev et Moscou, avec la médiation de Melania Trump. La Première dame américaine a annoncé un accord, confirmé ensuite par les deux belligérants.
Selon des estimations de Kiev, quelque 2 000 habitants se trouvaient encore à Olechky avant l'opération, contre 24 000 avant l'invasion russe. Ksenia Arkhipova, bénévole qui vivait auparavant à Oleshky, a déclaré à l'agence américaine Associated Press que de nombreux militaires russes étaient présents dans la ville. "Ils inspectent actuellement les maisons vides et, dans certains cas, s'y installent", a-t-elle ajouté, évoquant des pressions "sur les habitants pour qu'ils évacuent vers la Russie plutôt que vers l'Ukraine".
Des lectures contradictoires
La commissaire russe aux droits de l'homme, Yana Lantratova, a affirmé que "plus de 50 journalistes étrangers" étaient présents, selon l'agence Tass. Elle et son homologue ukrainien, Dmytro Lubinets, ont donné plusieurs conférences de presse conjointes à Olechky, une image très rare de responsables des deux pays côte à côte depuis le début de la guerre.
Le site ukrainien indépendant Mezha a toutefois accusé Moscou "d'instrumentaliser le sauvetage de civils pour mieux justifier l'occupation" des territoires ukrainiens. Le reporter de la chaîne américaine Newsmax Shelby Wilder estime, de son côté, que "la Russie exploite cette opération humanitaire comme une opportunité de propagande". Dmytro Lubinets a répondu sur X : "On ne peut même pas imaginer à quel point ces négociations ont été difficiles".
Le parlementaire Davyd Arakhamia, membre de la délégation ukrainienne, qualifie ce cessez-le-feu de "plus importante désescalade" depuis le début de la guerre. Oleksandr Tolokonnikov, vice-gouverneur militaire de la région de Kherson, affirme pour sa part que "nous avons des témoignages de personnes sur la situation réelle". Il s'attend également à une intensification des attaques russes sur Kherson, qui, selon lui, a renforcé sa logistique pendant la trêve.
Si l'évacuation d'Olechky apparaît comme un test réussi, aucune autre évacuation similaire n'a encore été annoncée ailleurs sur le front.
