Cocaïne cachée dans du quinoa : un Français au cœur d'une affaire de trafic international

Cocaïne cachée dans du quinoa : un Français au cœur d'une affaire de trafic international

Un Français soupçonné d'être à la tête d'un réseau international de trafic de drogue, Soner Akca, surnommé "El Francés", a été arrêté en juin à Medellín, en Colombie. Né en Seine-Saint-Denis, il aurait organisé un système de trafic entre plusieurs pays, avec des complicités en France.

Selon les enquêteurs, il est l'inventeur d'une technique d'importation de drogue en Europe : des graines de quinoa imprégnées de cocaïne. L'affaire commence sur l'autoroute, au péage de Rivesaltes, près de Perpignan (Pyrénées-Orientales). En pleine nuit, les policiers arrêtent un fourgon. À l'arrière, sur des palettes, se trouvent 80 sacs de quinoa, soit deux tonnes, une plante cultivée en Amérique du Sud et devenue tendance en gastronomie.

Analysés en laboratoire, les échantillons saisis révèlent qu'ils sont imbibés de cocaïne. Plus de 140 kg de drogue pure, d'une valeur de neuf millions d'euros, auraient ainsi été découverts. Les trafiquants cherchent, selon Bertrand Monnet, professeur à l'EDHEC et spécialiste des mafias, à dissimuler la drogue par tous les moyens. "Les narcos essaient de camoufler la drogue de plein de façons possibles. Et donc, pour ça, ils essaient toutes les solutions. Il y a l'imprégnation effectivement dans des produits alimentaires, aussi dans des textiles. L'ingéniosité des trafiquants est malheureusement sans limite", explique-t-il.

Une société parisienne au centre des importations

Les enquêteurs de l'Ofast vont remonter la piste de la "Quinoa Connection", une organisation criminelle structurée, présentée comme ayant une capacité d'importation de stupéfiants depuis de nombreux pays d'Amérique du Sud. Le quinoa saisi provient de Colombie, de la ville de Bello, près de Medellín. Acheminé par avion-cargo jusqu'à Roissy, il a ensuite été stocké chez un transitaire dans une zone industrielle.

À l'origine de ces importations figure une petite société parisienne, récemment créée près des Champs-Élysées, spécialisée dans le négoce international de fruits et légumes en provenance du Maroc ou d'Amérique du Sud. Son gérant assure avoir été abusé par ses associés, selon son avocat. "Il était tenu au courant seulement des commandes qui allaient être effectuées et il procédait aux virements, mais pensait qu'il allait recevoir des fruits et légumes. Il ne connaît personne en Amérique du Sud et n'est à l'initiative d'aucune importation de stupéfiants", assure Me Baptiste Bellet, avocat du gérant de la société d'import-export.

Des échanges codés et une arrestation en Colombie

Pour démanteler le réseau entre Medellín et Paris, les enquêteurs ont espionné les communications de ses membres présumés. Ceux-ci utilisent des pseudonymes, "La Pantera", "El Magico", "El Flaco", et un langage codé. Dans ces échanges revient souvent un nom, "El Diablo", "le Diable". Son auteur se met en scène en comptant son argent avec une trieuse à billets. Les enquêteurs des stups sont persuadés d'avoir affaire à une vieille connaissance : Soner Akca, 43 ans, installé en Colombie, déjà condamné dans le passé pour trafic de drogue.

Par la voix de son avocat, Soner Akca conteste toute implication. "Il a changé de vie. Encore une fois, il est parfaitement identifié en Colombie. Les gens savent ce qu'il fait, quelle est son entreprise, il déclare ses impôts, il a des employés. Bref, il est totalement rangé de ses affaires", met en avant Me Robin Binsard, avocat de Soner Akca. Incarcéré à la prison de Bogota, "El Francés" entend faire annuler son mandat d'arrêt et éviter une extradition vers Paris.

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