En Inde, Jadav Payeng a consacré plus de 40 ans à planter des arbres pour protéger l'île de Majuli, menacée par l'érosion. La forêt qui porte désormais son nom s'étend sur plus de 500 hectares et abrite une faune sauvage exceptionnelle. Surnommé "Forest Man", cet homme a transformé un territoire menacé en refuge pour la biodiversité.
Dans son pays, il est connu sous le nom d'"homme de la forêt". Tous les jours, il rend visite à ses arbres. "Cet arbre est devenu si grand, il est beau à voir. C'est agréable de l'enlacer. Cet arbre, comme tous ceux qui sont autour, ce sont pour moi comme mes enfants", confie le défenseur de l'environnement. Il les a plantés un à un, à mains nues. La forêt fait près de deux fois la taille de Central Park, à New York.
Une île grignotée par les eaux
Majuli a longtemps été la plus grande île fluviale au monde. Mais, selon le texte, elle a perdu au siècle dernier plus de la moitié de sa superficie, grignotée par la montée des eaux et l'érosion. Les arbres de Jadav Payeng ont permis de ralentir ce phénomène. "Les racines des arbres permettent au sol de se maintenir. Ça permet à l'eau de continuer à s'écouler. Et donc, à la fin, cela réduit l'érosion", détaille-t-il.
Avant ses plantations, le site n'était qu'une étendue de sable. Jadav Payeng a commencé à planter à l'âge de 16 ans. "Ça, c'est un gomari. Et un nedjar. Tous les gros arbres que vous voyez ici, c'est moi qui les ai plantés. Les plus petits ont poussé ensuite naturellement, grâce aux animaux qui, en venant se nourrir ici, ont réparti les graines un peu partout", raconte-t-il.
Un déclic en 1979
L'idée lui est venue à l'été 1979, après avoir vu des centaines de reptiles morts de la chaleur sur l'île. Pour apporter un peu d'ombre à la vie sauvage, il a décidé de planter des arbres. Il continue, à partir de graines ou de boutures qu'il prélève lui-même dans la nature, de garnir sa forêt. D'après ses propres estimations, il a planté au cours de sa vie des centaines de milliers d'arbres.
"Nous vivons dans un monde très peuplé, industrialisé, et il n'y a pas assez d'arbres et de verdure pour maintenir l'équilibre. C'est pourquoi je pense que partout où c'est possible, il faut planter des arbres pour réduire la pollution", souligne-t-il. Son travail lui a valu d'être reçu par des chefs d'État du monde entier, et il a été décoré de l'une des plus hautes distinctions indiennes.
Dans son village de 250 habitants, où il est né et dont il n'est jamais parti, son engagement suscite l'admiration. "L'homme de la forêt, Jadav Payeng, notre proche voisin, me rend heureux. Avant, dans le village, certains habitants avaient l'habitude de couper des arbres pour les revendre. Mais maintenant que Jadav est pour nous une figure inspirante, cela a beaucoup diminué", témoigne Horeswar Bora, agriculteur.
Son action est bénévole. Ses seuls revenus proviennent de son activité d'agriculteur, soit 150 euros par mois. Depuis quatre ans, une association rémunère par ailleurs des villageois de la région pour qu'ils plantent des arbres sur l'île de Majuli. "Mon souhait, c'est d'étendre la forêt qu'il a créée. Cette zone est sujette aux inondations et à l'érosion. Notre seule solution, c'est de planter autant d'arbres que possible", indique Luhit Misong, agriculteur.
Jadav Payeng espère que son histoire continuera d'être transmise, et que personne, dans la région, n'arrêtera jamais de planter des arbres.
