Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) fête ses 80 ans. Lors d'un colloque de trois jours, son président, Gaëtan Bruel, l'a décrit comme « une administration qui collecte des taxes, distribue, attribue des aides et rédige des textes réglementaires ». Son histoire, a-t-il ajouté, « concerne tous les Français ».
Créé par la loi du 25 octobre 1946 et placé sous la tutelle du ministère de la Culture depuis 1959, le CNC déploie aujourd'hui la politique de l'État dans les domaines du cinéma, de la production audiovisuelle, de la vidéo, des nouveaux médias et du jeu vidéo. Son périmètre s'est élargi au fil des décennies : les programmes audiovisuels sont entrés dans son champ à partir de 1986, l'édition vidéo à partir de 1994, puis le jeu vidéo en 2003. En 2025, 772,4 millions d'euros ont été versés sous forme d'aides au cinéma et à l'audiovisuel.
Un outil né de la reconstruction
À l'origine, le Centre national de la cinématographie était « conçu avant tout comme un instrument de régulation et de contrôle de l'industrie du cinéma », a expliqué l'historien Guillaume Vernet lors du colloque. Il devient pourtant, dès 1948, un outil de résistance culturelle face au déferlement des films américains sur les écrans français. Les accords Blum-Byrnes, signés le 28 mai 1946 entre les États-Unis et la France pour financer la reconstruction de cette dernière, comprenaient un volet cinéma. Selon Guillaume Vernet, la production nationale a perdu, au cours de la première année, « au moins 25% de ses recettes domestiques » par rapport à l'avant-guerre.
L'historien rappelle aussi que « Vichy posé les bases de la politique française de cinéma ». Le soutien de l'État aux films, explique-t-il, est né sous ce régime, à partir de débats d'avant-guerre. Le consensus autour de cette régulation, qui allait « de l'extrême gauche à l'extrême droite », selon ses termes, a pourtant été remis en cause. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a déclaré le 26 octobre que « ce consensus historique ne rassemble plus l'ensemble de la classe politique ».
Un fonds alimenté par les spectateurs
Le fonds de soutien, qui s'élevait à 877,5 millions d'euros en 2025, est alimenté par quatre taxes, dont la taxe sur les entrées en salles de cinéma. En 2025, le cinéma français a enregistré 156,2 millions d'entrées, et la taxe collectée sur les billets a rapporté 123,6 millions d'euros. « 10,72% du prix de votre billet est reversé par l'exploitant à une caisse commune », explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Pour Sylvain Desclous, coprésident de la Société des réalisateurs et réalisatrices (SRF), « ceux qui financent le cinéma français sont ceux qui le regardent ».
Selon Richard Patry, le système est « mutualiste et redistributif » : « les gros récupèrent moins que les petits ». Sylvain Desclous décrit de son côté l'avance sur recettes, instaurée en 1959 par le ministère des Affaires culturelles d'André Malraux, comme un tournoi décisif pour les jeunes cinéastes. Il évoque sa propre expérience : « J'ai reçu l'avance sur recettes à deux reprises et c'est grâce à cette avance que mes films ont pu se faire. »
Le modèle est aussi jugé à ses résultats. Selon le dernier rapport du CNC, la part de marché des films français atteignait 37,9 % en 2025, contre 34,9 % pour les films américains. Gaëtan Bruel a néanmoins reconnu que l'institution avait, par exemple, manqué le rendez-vous de la vidéo à la demande. Le défi actuel, a-t-il déclaré, tient au « triomphe des plateformes sociales » : « nous devons assumer d'avoir une vision globale pour l'intégration de ces plateformes dans le modèle français ».
Lors du Sommet Lumière, organisé début septembre à Saint-Paul-de-Vence, a été annoncée la création de l'alliance Lumière, « le premier réseau mondial d'institutions nationales chargées du secteur du cinéma et de l'audiovisuel ». Sa première réunion se tiendra en mai 2027, à Cannes.
