Pourquoi le gouvernement a-t-il annoncé ses mesures en avant-première à des créateurs de contenu ?

Pourquoi le gouvernement a-t-il annoncé ses mesures en avant-première à des créateurs de contenu ?

Le gouvernement a listé, lundi 26 octobre, plusieurs mesures destinées à apaiser la colère de nombreux lycéens et étudiants : "remplacement" de Parcoursup, créations de postes, rénovation du bâti. Avant d'être officialisées, elles ont toutefois été dévoilées par des influenceurs reçus à Matignon.

Comme l'a révélé France Inter lundi matin, huit créateurs de contenus ont été conviés à une réunion organisée par Sébastien Lecornu, en présence d'Edouard Geffray, ministre de l'Education nationale, et de Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur. Anna Baldy (@grandebavardeuse, plus de 600 000 abonnés cumulés sur TikTok et Instagram) et Mathilde Fouqué (@mathildestudy, plus de 700 000) ont été reçues à l'hôtel Matignon. D'autres ont participé à distance : Ange Sacchetti (@ange.reussite, près d'un million d'abonnés cumulés), Miel Abitbol (@miel_abt, plus de 2,8 millions), Lucas Markarian (@lucas_maths4, plus de 3,1 millions).

Des représentants de médias numériques spécialisés dans les sujets scolaires étaient également invités, dont ExtraStudent (environ 200 000 abonnés sur TikTok et Instagram), Thotis Post Bac (plus de 300 000 abonnés cumulés) et le compte Dormir au courant (1,1 million d'abonnés cumulés).

Des syndicats critiques

L'initiative a été critiquée par des syndicats lycéens et étudiants, qui y ont vu une forme de "mépris". Interrogé par BFMTV, Louis Letoublon, vice-président de l'organisation Les Lycéens, a déclaré n'avoir "rien de personnel contre ces influenceuses", tout en estimant que cela "montre quelque part l'impréparation du gouvernement". La secrétaire générale de l'Unef (Union nationale des étudiants de France), Manon Moret, citée par LCP, a jugé "scandaleux" que les organisations syndicales, "mobilisées depuis quatre semaines", soient reçues après.

Auprès de plusieurs médias, dont franceinfo, l'entourage du Premier ministre affirme que "l'objectif est de mobiliser tous les moyens possibles pour échanger avec la jeunesse". Il précise que les organisations représentatives "ne constituent pas seul canal d'expression". Selon Arnaud Mercier, professeur en information-communication à l'Institut français de presse (université Paris Panthéon-Assas), les institutions tentent depuis plusieurs années de s'adresser aux jeunes "là où ils sont", et il rappelle les interventions d'Emmanuel Macron chez Hugo Décrypte ou dans une vidéo avec les youtubeurs McFly et Carlito.

Des bilans contrastés

Selon Thibaud Arnoult, cofondateur de Thotis, les ministres "voulaient discuter des remontées de nos communautés respectives" et "se sont montrés très à l'écoute". Lucas Markarian, dans Le Figaro Etudiant, décrit une démarche visant à "nous consulter sur les mesures qu'ils allaient prendre". Dans une vidéo publiée lundi sur Instagram, Anna Baldy a en revanche regretté que l'échange, "initialement présenté comme une discussion", ait "commencé par la prononciation des décisions qui avaient déjà été prises".

Interrogée par franceinfo, l'entourage du Premier ministre n'a pas répondu à la question de savoir si les créateurs étaient censés communiquer les pistes du gouvernement à leur sortie de Matignon. Mathilde Fouqué affirme qu'à la fin de la réunion, "l'un des créateurs a demandé s'il y avait un embargo", mais que "le ministre ne savait pas trop quoi répondre" et que "ils ne nous ont rien spécifié". Samuel Jequier, directeur général adjoint de l'agence de communication Bona fidé, évoque sur franceinfo un "petit crash de communication". Pour Alex Lequin, responsable des partenariats d'ExtraStudent, présent à la réunion, "je ne l'ai pas senti comme une manœuvre de communication". Mathilde Fouqué, elle, a déclaré devant Matignon : "C'est 100% un coup de communication du gouvernement".

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