Un podologue marseillais de 39 ans, Rémi Aubert, affirme avoir été roué de coups par des CRS, samedi 31 octobre, lors de violences entre manifestants et forces de l’ordre dans le secteur de la Plaine, à Marseille. Il indique avoir eu un nez cassé, sept dents arrachées et six points de suture. Une plainte a été déposée et l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie.
Le témoignage de Rémi Aubert
Le jeune homme a participé à la manifestation, de 14 heures à 17 heures, avant de se rendre sur le cours Julien. « Aux alentours de 20 heures/20 heures 30, j’étais très fatigué, alors je suis parti avec un ami pour aller récupérer mon vélo rue Saint-Pierre et rentrer chez moi », raconte-t-il. Il précise qu’il n’était plus dans le cortège lorsque l’agression s’est produite, aux abords du boulevard Chave.
Selon son récit, les deux amis ont vu un groupe de manifestants courir vers eux, en provenance de la Plaine, où une charge des CRS venait d’avoir lieu. « J’ai paniqué et j’ai couru pour échapper à la charge, d’autant que je n’étais pas concerné », explique-t-il. Il affirme avoir alors été frappé pendant « 15 ou 20 secondes » par plusieurs policiers, principalement au visage. « Je leur ai expliqué que j’étais juste allé chercher mon vélo, je leur disais : “Je ne suis pas un gars méchant.” », ajoute-t-il, dénonçant des insultes et des rires de la part des agents.
Après la charge, il dit être resté seul au sol. « J’étais en sang. Je cherchais mes dents, en vain », rapporte-t-il. Il a été transporté aux urgences. Les médecins ont relevé, selon la source, une incapacité totale de travail initiale de dix jours, avec trois points de suture au crâne et trois aux lèvres.
Une enquête ouverte et une plainte contre les pompiers
Le parquet de Marseille a confirmé, le 3 novembre, l’ouverture d’une enquête pour « violences commises par personnes dépositaires de l’autorité publique avec arme », confiée à l’IGPN. Contacté par ICI Provence-Alpes TV, Rémi Aubert indique avoir participé à la manifestation, mais précise qu’il n’y était plus au moment des faits. Peu de témoins ont vu la scène, mais une caméra de vidéosurveillance se trouvait à proximité, selon son avocate, Mathilde Lanté.
Celle-ci affirme avoir demandé que les images soient exploitées rapidement. Elle défend également un lycéen de 17 ans blessé le 7 octobre lors d’une charge des forces de l’ordre, en marge du blocage de son établissement. Pour Mathilde Lanté, « depuis le début du mouvement lycéen, les violences policières se multiplient ». Elle qualifie l’agression subie par son client d’acte inacceptable et indique avoir déposé plainte pour violences volontaires avec armes en réunion, entraînant une ITT de plus de huit jours, par personne dépositaire de l’autorité publique. « Nous, on veut une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et que les personnes mises en cause soient jugées pour ces faits-là », affirme-t-elle.
Rémi Aubert envisage aussi de porter plainte contre les pompiers pour non-assistance à personne en danger, dans les prochains jours. Il affirme que les sapeurs-pompiers, appelés par les premiers témoins, lui ont simplement remis deux sachets de compresses et un tube de sérum physiologique avant de repartir. Selon lui, lorsqu’ils l’ont revu, ils lui ont dit : « Encore vous ? On n’a pas que ça à faire ». Il dit avoir refusé de monter dans leur camion et s’être rendu aux urgences en taxi. Il ne sait pas encore quand il pourra reprendre son activité professionnelle et annule, en attendant, les rendez-vous de ses patients.
