Présidentielle en Bulgarie : un scrutin dans l'ombre de la guerre en Ukraine et des attaques russes en mer Noire

Présidentielle en Bulgarie : un scrutin dans l'ombre de la guerre en Ukraine et des attaques russes en mer Noire

Les Bulgares sont appelés aux urnes dimanche 1er novembre pour départager la présidente sortante, Iliana Iotova, et l'ancien Premier ministre Andreï Guiourov. La guerre en Ukraine, les attaques de drones en mer Noire et la position des candidats vis-à-vis de la Russie occupent une place centrale dans cette campagne.

Les 6,5 millions d'électeurs bulgares doivent trancher entre deux candidats aux profils opposés. Iliana Iotova, 62 ans, proche du Premier ministre Roumen Radev, est présentée comme populiste, nationaliste de gauche et pro-russe. Elle a obtenu 34,76 % des voix au premier tour. Andreï Guiourov, 50 ans, ancien vice-gouverneur de la Banque nationale bulgare, est libéral de centre droit, pro-européen et favorable à l'Ukraine. Il a recueilli 31,95 % des suffrages.

Le premier tour, organisé le 25 octobre, a très peu mobilisé : le taux de participation n'a été que de 23 %.

Une série d'attaques en mer Noire

Au moins 163 navires civils et commerciaux ont été touchés en mer Noire au cours des huit premiers mois de l'année, selon la Chambre de la marine marchande turque. La dernière attaque en date visait un navire marchand au large des côtes bulgares, à environ 21 milles nautiques de Chabla, sur la côte nord. Les 18 membres d'équipage, dont 14 Philippins et quatre Ukrainiens, ont tous été secourus.

Au même moment, les ministres de la Défense de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Turquie se réunissaient pour arrêter les modalités d'une coopération face à ces attaques répétées. Ils ont décidé de "renforcer leur coopération à travers un meilleur partage d'informations et des capacités d'alerte précoce", a indiqué le ministre bulgare de la Défense, Dimitar Stoyanov. Ces dernières semaines, près d'une trentaine de membres d'équipage sont portés disparus et un autre est mort, selon les autorités roumaines et bulgares.

Après une nouvelle attaque, le 13 octobre, Roumen Radev, Premier ministre bulgare, a déclaré : "Nous ne disposons pas de preuves solides et claires pour porter des accusations contre l'une ou l'autre des parties, mais d'après toute logique, le résultat penche vers la Russie. Cette nouvelle attaque contre des navires de commerce à proximité immédiate des eaux territoriales bulgares est absolument inacceptable." Le 15 octobre, sept personnes ont été portées disparues après un incendie à bord du Wine Trader, un chimiquier battant pavillon de Saint-Marin, qui a émis une alerte de détresse à quelque 13 milles nautiques (24 km) au sud-est de l'embouchure du Danube. Sofia a par ailleurs convoqué l'ambassadrice de Russie, et Roumen Radev a estimé que l'attaque "profite à la Russie", sans l'accuser formellement.

Le 23 octobre, vers 9 heures, le cargo commercial Khoryv a été frappé et coulé par des drones en mer Noire, à 13 milles nautiques (24 km) face à la ville roumaine de Constanța, en dehors des eaux territoriales roumaines. Un marin est mort et trois ont disparu. Le navire, qui battait pavillon des Comores, comptait treize membres d'équipage, dix Ukrainiens et trois Azerbaïdjanais.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est dite "profondément alarmée" par cette nouvelle escalade russe. Sur X, elle a écrit : "Ces attaques téméraires visent des vies innocentes et défient ouvertement le droit international." L'Union européenne considère ces attaques comme faisant partie de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. Deux drones russes avaient pourtant été abattus par des avions de chasse roumains une semaine avant le drame du Khoryv, sans que la tension ne retombe. L'Otan a annoncé cette semaine le déploiement d'avions et de systèmes radar supplémentaires.

Deux positions face à Moscou

Iliana Iotova avait depuis longtemps placé sa campagne sous le signe du dialogue avec Moscou. Pour l'analyste politique Teodor Slavev, interrogé par l'AFP, le résultat du premier tour est "une gifle électorale cinglante pour l'administration (du Premier ministre) Roumen Radev", qui s'explique notamment par "la réponse peu convaincante d'Iotova concernant les menaces russes en mer Noire".

Le pouvoir a voulu minimiser les menaces russes, tandis que l'opposition a mis en avant, pendant la campagne, les questions de sécurité liées à la guerre en Ukraine. Le matin du premier tour, Iliana Iotova a pour sa part insisté sur d'autres thèmes : "Il faut s'attaquer au problème de la pauvreté dans le pays ainsi qu'aux inégalités régionales." Celle qui se présente comme "présidente de la Paix" se montre réservée sur la poursuite de l'aide militaire à l'Ukraine et souhaite la tenue de négociations entre la Russie et l'Ukraine.

Son rival lui reproche de tenir des discours empreints d'un optimisme de façade. Partisan d'un soutien plus ferme à l'Ukraine, Andreï Guiourov entend, s'il est élu, faire contrepoids aux velléités pro-russes du Premier ministre. Reste à savoir si le second tour mobilisera davantage que le premier, auquel un million et demi de personnes avaient participé.

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