Le tribunal administratif de Paris a suspendu l'arrêté de la préfecture de police qui interdisait le parcours entre la Bastille et la Nation, pour la manifestation du samedi 31 octobre. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé que le préfet de police allait faire appel de cette décision, dont le Conseil d'Etat pourrait être saisi.
Le cortège, dont le coup d'envoi doit être donné à 14 heures, est au cœur d'un bras de fer judiciaire entre les organisateurs et la préfecture de police. Le tribunal avait autorisé ce tracé vendredi, quelques heures après que la préfecture l'eut interdit par arrêté. "Il y a des risques de troubles à l'ordre public importants", a justifié Laurent Nuñez lors d'un déplacement à Rouen, ajoutant : "Si on a suspendu ce cortège, c'est parce qu'il y a eu des dégâts, il y a eu énormément de dégradations qui ont été commises le 17 octobre." Selon l'AFP, le Conseil d'Etat pourrait rendre sa décision dans la nuit, compte tenu de l'urgence.
Un parcours en périphérie contesté
Dans la matinée de vendredi, les autorités avaient imposé par arrêté préfectoral un parcours en périphérie de la capitale, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, en passant par les boulevards des Maréchaux. Ce trajet "permet d'éviter le centre-ville, d'éviter aussi la casse et donne une grande visibilité aux manifestants", avait déclaré le préfet de police, Patrice Faure, au Parisien.
Selon l'arrêté, les parcours proposés par la CGT entre la Bastille et la Nation, et par les gilets jaunes entre la Bastille et la Concorde, avaient été interdits en raison de "risques de violences" renforcés par la "fête d'Halloween", selon le préfet. Cette décision est conforme à la volonté d'Emmanuel Macron, qui avait prévenu que les manifestations devraient se tenir "hors des centres-villes".
Jeudi, sept syndicats de salariés et d'étudiants, dont la CGT, FO, FSU, Solidaires, la Fage, l'Union étudiante et l'Unef, avaient saisi le juge en référé pour obtenir la publication "au plus vite" de l'arrêté. Après sa publication, ils ont décidé de le contester, afin de "faire respecter le droit fondamental de manifester, y compris le choix du parcours". Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, a déclaré lors d'un point presse : "On va attaquer en justice dès aujourd'hui, on a des référés libertés qui sont en train de partir justement pour attaquer cette décision qui, pour nous, met en danger la sécurité." Clara Privé, trésorière de l'Unef, a dénoncé une préfecture qui "nous balade de parcours en parcours", et accusé celle-ci de vouloir "museler la parole de la jeunesse". Elle a indiqué vouloir "marcher sur Bastille-Nation" malgré l'interdiction.
Des interdictions dans d'autres villes
Plusieurs interdictions de manifester ont également été annoncées en dehors de Paris, notamment dans le centre-ville du Puy-en-Velay et à Saint-Etienne. Azelma Sigaux, porte-parole de la coordination nationale des gilets jaunes, alerte sur ICI : "Plus on interdit, plus ça incite des personnes à braver ces interdits, à manifester illégalement et à s'attrouper dans des endroits qui ne sont pas du tout sécurisés, avec aucun dispositif en place."
Ailleurs, des rassemblements ont été autorisés, mais en périphérie des villes. A Lyon, une manifestation "contre la vie chère" a reçu le feu vert de la préfecture du Rhône, ont rapporté les syndicats organisateurs. Le parcours validé va de la Manufacture des tabacs "jusqu'à Jean Macé en passant par Garibaldi et Berthelot", hors de l'hyper-centre lyonnais.
