À Trappes (Yvelines), les habitants disent leur sidération et leur sentiment d'être devenus des cibles après l'attentat du 23 octobre. Une équipe de France Télévisions a passé plusieurs jours dans la commune pour recueillir leur parole et leur état d'esprit.
Pour Kadiatou Doukara, infirmière née et élevée à Trappes, le temps semble s'être arrêté depuis l'attentat. C'est à cet endroit, à même le sol, qu'elle a prodigué les premiers secours à Pengo Bossio Wangi, touché par plusieurs balles. "Je masse, je masse, je masse… Mais voilà, il ne faut pas lâcher. Il faut que le cœur reste en activité", se souvient-elle. Elle dit s'être sentie "impuissante, complètement impuissante", seule, sans le matériel nécessaire.
Elle dénonce aussi certaines paroles politiques. "Je pense que les discours de l'extrême droite, comme par exemple "Trappes est la ville avec tous les djihadistes ou les fichés S", ce sont ces discours-là qui ont poussé Kévin T. à la haine. Les Trappistes, la majorité française, on a tous la même carte d'identité que lui", affirme-t-elle.
La peur au quotidien
Depuis l'attaque, l'effroi a gagné la ville. Ginane n'ose plus se rendre seule à ses activités comme auparavant et demande à son père de l'accompagner. "Ils tuent les Noirs, les musulmans, tous ceux qui ne sont pas de la même religion qu'eux et de la même couleur. Du coup, j'ai peur d'être morte, vu que je suis musulmane", confie-t-elle. Au moment des faits, elle et son frère jouaient devant chez eux, avant qu'une voisine ne leur demande de rentrer en urgence. "Parfois, ça m'empêche de dormir", explique la fillette.
Son père dit être très touché. "Chaque fois, je lui dis qu'il faut que tu saches que tu es française. Comment on peut construire une société avec des enfants qui ont peur dès le plus jeune âge ?"
Une habitante, installée à Trappes depuis vingt-cinq ans, ne souhaite pas montrer son visage par peur. Elle n'est pas sortie depuis une semaine, hormis une visite à une association de quartier. "On a même peur d'ouvrir nos fenêtres. On a peur de sortir", témoigne-t-elle.
Un quartier qui doute
Sur le marché, habituellement le cœur battant de la ville, l'ambiance a changé. Djamal Merasli, retraité, le constate : "Avant, on discutait une bonne demi-heure. Mais là, ça ne discute même pas deux, trois minutes." Yacine Rezig, commerçant, refuse que l'attentat dresse les communautés les unes contre les autres. "Moi, je suis amoureux de la France. Il faut que les choses s'apaisent, c'est le plus important", assure-t-il.
À l'épicerie solidaire "Chez Yolande", Sylvie Verstraeten, bénévole, est encore sous le choc. "C'est une idéologie que je combats depuis toujours. Je vis dans une ville où on est tous réunis. Au-delà de la couleur de peau, au-delà de la religion, on vit en harmonie", déclare-t-elle, très émue.
Cette harmonie reste fragile. Beaucoup d'habitants craignent que la campagne présidentielle exacerbe les tensions.
