Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées vendredi 30 octobre au soir à Trappes (Yvelines), une semaine après un attentat raciste qui a causé la mort de Pengo Bossio Wangi, un Français noir de 26 ans, et blessé sept personnes, dont une fillette. Selon les organisateurs, ils étaient 12 000 sur la place des Merisiers.
Le rassemblement, organisé à l'initiative du maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.s), a été conçu comme un hommage aux victimes et une dénonciation de "le racisme, l'islamophobie et toutes les formes de haine". Le quartier était bouclé et les accès sécurisés, les policiers étant nombreux dans le centre de cette ville scindée par la N10.
Des élus venus d'autres communes ont fait le déplacement. Brahim Jbara, élu de la majorité de Mantes-la-Ville, qui se revendique sans étiquette, est venu avec le maire de cette commune et d'autres membres du conseil municipal, écharpes tricolores en bandoulière. "On est là pour faire face au racisme et aux discours xénophobes, pour dire stop à tout ça", a-t-il déclaré. "On veut dire aux Trappistes qu'ils ne sont pas seuls. Demain, ça peut être nous."
Des élus de Seine-Saint-Denis et de Paris étaient également présents. Des personnalités politiques, principalement de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier et Ségolène Royal, se sont aussi rendues sur la place, où une scène avait été installée devant le commissariat de Trappes.
Des pancartes et des drapeaux
De nombreux drapeaux français ont été distribués aux accès autour de la place. Une étudiante noire de 20 ans, habitante de Trappes, qui a souhaité garder l'anonymat, en a pris pour afficher les couleurs de la France. "Ça me concerne directement. [L'attentat] est un acte motivé par du racisme", a-t-elle expliqué.
Les pancartes portaient des slogans tels que "Le racisme blesse, le racisme tue", "Nous ne sommes pas des cibles, nos vies comptent" ou "Le racisme n'a pas sa place". Emilie, 31 ans, venue en famille de la commune voisine du Mesnil-Saint-Denis, avait écrit une phrase sur un carton pour, selon ses termes, "montrer la débilité de certains". Plus loin, Camelia, racisée, a dit venir "pour les gens de couleur qui n'osent pas sortir de chez eux". Une cinquantaine de militants de l'union départementale de la CGT des Yvelines étaient aussi présents, en chasubles à l'effigie du syndicat.
Des prises de parole à la tribune
Aminata Diallo, adjointe au maire de Trappes chargée de la vie associative et citoyenne, a ouvert les discours. "Comment se fait-il que, pour ma couleur de peau, pour ma croyance, on me tue ?" a-t-elle demandé. Aïssetou Diawara, infirmière engagée dans la vie associative de la ville, a dénoncé un "racisme structurel" et souligné : "On ne va pas faire comme si le racisme et l'islamophobie étaient nés vendredi dernier."
Une minute de silence a été observée à plusieurs reprises au cours des prises de parole. Le discours du maire de Trappes a pris une tournure politique lorsqu'il a critiqué directement Jordan Bardella, président du Rassemblement national, qui a été hué par la foule. De nombreuses personnes ont alors entonné "On est chez nous", repris habituellement par des partisans de l'extrême droite. Lorsque La Marseillaise a retenti, une femme noire a crié : "La France, c'est nous !" Le rassemblement s'est achevé sur un dernier appel : "Justice, c'est tout !"
