in

Catastrophe ferroviaire en Espagne : où en est l'enquête sur une défaillance technique et une négligence humaine ?

Catastrophe ferroviaire en Espagne : où en est l'enquête sur une défaillance technique et une négligence humaine ?

Les enquêteurs poursuivent leurs investigations sur le lieu de la collision entre deux trains à Urda, en Espagne, qui a coûté la vie à au moins 69 personnes, selon le dernier bilan communiqué jeudi 29 octobre. Pour l'heure, une piste est privilégiée, celle de l'erreur humaine, tandis que les responsabilités font déjà l'objet de vifs échanges politiques.

Au lendemain de l'accident, les enquêteurs ont continué à examiner les centaines de mètres carrés du site. Ils doivent photographier la zone, examiner les voies et les traverses, effectuer des prélèvements de ballast et fouiller l'intérieur des wagons. Les boîtes noires ainsi que les enregistrements des caméras embarquées et de celles situées à proximité doivent également être extraits, selon le quotidien El País. L'ensemble de ces éléments doit permettre "une reconstitution 3D des événements". L'AITAT, l'autorité indépendante chargée de l'investigation technique des accidents ferroviaires, a dépêché trois enquêteurs dans la province de Tolède, rejoints par trois magistrats du Réseau judiciaire d'experts en gestion des urgences et des catastrophes.

Des échanges radio au cœur de l'enquête

Les échanges radio entre les conducteurs des trains et le centre de contrôle de la gare d'Atocha, à Madrid, révélés par plusieurs médias espagnols, accréditent cette hypothèse. On y entend le responsable ordonner au conducteur de l'AVE, le train à grande vitesse de la compagnie publique Renfe, de reprendre sa "circulation normale". Or la conductrice du train Iryo, compagnie ferroviaire privée, lui indique qu'elle est toujours à l'arrêt, 25 km plus loin, et qu'elle n'arrive pas à redémarrer. L'accident s'est produit cinq minutes plus tard, à 8 h 53.

Interrogé dès mercredi par les officiers de la Guardia civil, le responsable du poste de contrôle a subi des tests de dépistage d'alcool et de stupéfiants, qui se sont tous révélés négatifs, selon El País. Les autres employés présents ont également été entendus, et la Guardia civil a veillé à ce qu'ils n'entrent pas en contact les uns avec les autres avant de témoigner, afin que leurs récits ne soient pas influencés.

Une mise en cause politique

Sans attendre la suite des investigations, le ministre des Transports espagnol, Oscar Puente, a imputé l'entière responsabilité de l'accident à l'Adif, le gestionnaire du réseau ferroviaire public, et plus précisément à l'employé du centre de contrôle d'Atocha. Dès mercredi après-midi, il a parlé d'une "erreur humaine" ayant produit un accident "absolument invraisemblable". Ces conclusions ont été jugées expéditives, voire prématurées, par certains responsables politiques, dont le ministre de la Santé de la région autonome d'Andalousie, Antonio Sanz. Rejeter la faute entière sur le technicien de la salle de contrôle est "bas", a-t-il déclaré sur la chaîne Canal Sur.

Selon Antonio Sanz, le système de signalisation LZB (Linienzugbeeinflussung), qui permet notamment de superviser les distances entre les trains, est en cause. Ce mécanisme automatisé est tombé en panne mercredi matin, obligeant l'équipe de permanence de la gare d'Atocha à reprendre la gestion du trafic. Le responsable régional estime que la ligne à grande vitesse entre Madrid et Séville est "la seule à disposer d'un système de sécurité obsolète". Mise en service en 1992, cette portion de 390 km n'a pas été modernisée, note El País, qui relève qu'"en 34 ans, son système de sécurité n'a pas été mis à jour".

Des alertes restées sans suite

Le 5 octobre, le directeur de la compagnie Iryo, Fabrizio Favara, avait déjà attiré l'attention sur les déconnexions du système LZB, interrogé par le Sénat. "Le problème le plus fréquent, outre les événements exceptionnels tels que les incendies, est lié au système de signalisation LZB, un système sûr mais assez ancien", a-t-il déclaré. Le 7 octobre, le ministère des Transports assurait que le réseau ferroviaire espagnol présentait "des niveaux de risque acceptables". Dans un document de six pages consulté par El Mundo, l'Agence nationale de sécurité ferroviaire rejetait par ailleurs toute critique sur d'éventuels problèmes.

Les conditions de travail au sein de l'Adif seront elles aussi examinées. Au mois de mai, les équipes avaient adressé à leur ministère de tutelle un courrier, consulté par El Mundo, pour alerter sur la "fatigue croissante" du personnel et demander des garanties afin que le personnel de régulation et de contrôle du trafic ne dépasse pas les limites susceptibles de compromettre la sécurité ferroviaire. Une précédente alerte avait déjà été émise en avril 2021.

Avatar

La rédaction a publié 279 articles sur Ze mag depuis 2026.