Au lendemain des élections législatives en Israël, le camp de Benyamin Nétanyahou est légèrement en tête du dépouillement, sans majorité claire à ce stade. Le dirigeant de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, s'est dit prêt à soutenir un gouvernement d'opposition sans y entrer, tandis que le Likoud accuse les partis arabes d'avoir "volé les élections".
Après le dépouillement de la moitié des suffrages exprimés, le camp de Benyamin Nétanyahou et ses alliés sont crédités de 56 sièges sur les 120 que compte la Knesset, contre 49 pour le bloc de l'opposition et 15 pour les partis arabes, selon les données publiées mercredi 28 octobre par la Commission électorale israélienne. Après le dépouillement de 66,3 % des bulletins, le Likoud et ses alliés étaient crédités de 54 sièges, contre 48 pour l'opposition et 18 pour les partis arabes. Selon les sondages, les deux camps sont au coude-à-coude, loin des 61 sièges nécessaires à la majorité absolue. Les résultats officiels sont attendus d'ici quelques jours.
Des partis arabes sollicités
Youssef Jabareen, dirigeant de la Liste unifiée (extrême gauche et nationalistes), a déclaré être prêt à soutenir un gouvernement alternatif. "Pour faire tomber" la coalition sortante, "nous pourrions soutenir un gouvernement alternatif, sans y entrer", a-t-il affirmé, citant notamment la guerre à Gaza et la situation en Cisjordanie occupée. La Liste arabe unie (Raam, islamiste modéré) est également ouverte à une alliance.
Sur X, le chef de la gauche israélienne, Yaïr Golan, a appelé l'opposition à s'associer aux partis arabes pour former un gouvernement et évincer le Premier ministre : "Nous avons une responsabilité. Et nous avons l'opportunité de former un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d'Israël." Le chef de file centriste de l'opposition, Gadi Eisenkot, qui avait juré pendant la campagne de ne pas envisager cette option, n'a pas réagi à ces propositions.
Accusations de fraude et dépouillement
Le Likoud, parti de Benyamin Nétanyahou, accuse les formations arabes d'avoir "volé les élections". Sur Telegram, le parti affirme avoir transmis à la police "des centaines de témoignages et de preuves de fraude électorale" dans des bureaux de vote acquis aux partis arabes, une "atteinte grave à la démocratie israélienne", selon lui.
Le dépouillement reste long, Israël continuant de compter les bulletins manuellement pour garantir la transparence et la sécurité du scrutin. Selon l'Israel Democracy Institute, les suffrages des militaires, des diplomates et des personnes hospitalisées nécessitent des vérifications supplémentaires afin d'éviter les doubles votes : ils sont placés dans deux enveloppes et comptabilisés séparément. Le site Ynet évoque par ailleurs un nombre particulièrement élevé de doubles bulletins, avec plus de 650 000 votes attendus, contre environ 463 000 en 2022.
Des scénarios ouverts
Une fois les résultats officiellement proclamés, le président Isaac Herzog doit charger un candidat de former un gouvernement. Plusieurs scénarios sont possibles : une coalition disposant d'une majorité, un gouvernement minoritaire s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés, ou un gouvernement d'union nationale, jugé peu probable compte tenu de la polarisation de l'échiquier politique. En cas d'impasse, de nouvelles élections pourraient être convoquées, comme cela s'est produit entre avril 2019 et mars 2021. En attendant, Benyamin Nétanyahou resterait Premier ministre par intérim.
Le président Isaac Herzog exhorte les partis à "tout faire" pour former une coalition et éviter un nouveau scrutin : "Nous devons faire tout notre possible (...) pour éviter de nouvelles élections." De son côté, l'Union européenne se dit prête à un dialogue "franc et ouvert" avec le prochain gouvernement, affirme un porte-parole de la diplomatie européenne, Anouar El Anouni : "L'Union européenne se réjouit de collaborer avec le prochain gouvernement, sur la base de notre relation de longue date et de notre attachement aux principes démocratiques et aux valeurs communes."
