Accusations de fraudes électorales, vidéos de campagne générées par intelligence artificielle, attaques mensongères contre des candidats : à la veille des élections de mi-mandat, qui débutent mardi 3 novembre aux États-Unis, les fausses informations se multiplient sur les réseaux sociaux.
Les électeurs américains sont appelés à voter mardi 3 novembre pour renouveler une grande partie de la Chambre des représentants et du Sénat, les deux chambres qui composent le Congrès. Les midterms comprennent aussi une multitude de scrutins locaux, dans une campagne marquée par un flot de contenus trompeurs. Le mythe de l'élection truquée est le sujet qui en a suscité le plus. Selon une enquête de Newsguard, une start-up américaine qui lutte contre la désinformation en ligne, 18 allégations sur les 39 repérées, soit 46 %, portaient sur une prétendue fraude électorale. Newsguard y voit "une catégorie particulièrement pernicieuse de fausses informations, car de telles allégations pourraient saper la confiance dans les résultats des élections et dans la démocratie elle-même".
Parmi les exemples cités figure une vidéo publiée sur TikTok par une électrice, repérée par Associated Press à la sortie d'un bureau de vote à New York. Elle fait partie des près de 48 millions d'Américains ayant voté de manière anticipée. Dans la vidéo, elle affirme : "On m'a donné deux bulletins et sur l'un des deux, il n'y avait même pas la liste de tous les candidats. Ils ont juste effacé le nom du parti républicain et du parti conservateur." En réalité, l'un des deux bulletins concernait des élections locales pour lesquelles il n'y avait tout simplement pas de candidat républicain ni conservateur.
Une modération jugée faible sur X
Ces accusations de fraude sont largement relayées sur X, où la modération semble particulièrement faible sur ce sujet, selon le rapport de Newsguard. La société constate que "la fonctionnalité "Notes communautaires" n'a pas détecté 93,1 % des publications mensongères relatives aux élections de mi-mandat". Selon ce même rapport, Elon Musk, patron de ce réseau social, participe lui-même activement à cette campagne de désinformation. Le 27 septembre, il a publié : "À New York et en Californie, ils ont rendu illégal pour les responsables de demander ou pour vous de montrer votre carte d'identité d'électeur ! Ils ont rendu la fraude électorale obligatoire." Cette affirmation cumule plus de sept millions de vues et n'a fait l'objet d'aucune note de la communauté.
Newsguard cite également parmi les vecteurs de cette désinformation Truth Social, le réseau social de Donald Trump, des podcasts conservateurs comme celui de Steve Bannon, ainsi que des chaînes de télévision pro-Trump, telles que Fox News.
Spots générés par IA et chatbots peu fiables
Comme lors de la dernière campagne présidentielle, en 2024, l'intelligence artificielle joue un rôle majeur dans la diffusion de fausses informations. Plusieurs candidats démocrates sont devenus, malgré eux, les héros de faux clips de campagne diffusés à la télévision et sur les réseaux sociaux. Financées par des groupes proches du Parti républicain, ces vidéos de moins d'une minute reprennent les codes des séries télé pour discréditer ces responsables politiques sur un ton léger et humoristique.
Parmi leurs cibles figure Jon Ossoff, sénateur de Géorgie et candidat à sa réélection. Accusé d'avoir eu recours à la chirurgie esthétique, l'élu démocrate a démenti, mais le camp républicain continue de l'attaquer sur ses dépenses esthétiques. Dans l'un des spots, la voix off affirme : "Le sénateur Ossoff a dépensé au moins 3 000 dollars chez le coiffeur et pour son maquillage. Plus qu'aucun autre politicien à Washington." Autre cible de ces spots, le candidat au Sénat Abdul El-Sayed est accusé à tort de souhaiter la destruction de l'État d'Israël.
Ces fausses informations sont aussi relayées par les IA conversationnelles, auxquelles les électeurs sont de plus en plus nombreux à recourir avant de faire leur choix, comme Gemini, Claude ou Deepseek. Selon une étude de la start-up Forum AI, 40 % des réponses fournies par ces outils sur les midterms contenaient au moins une erreur factuelle. Lors du test, les chatbots ont attribué à des candidats des propos qu'ils n'ont jamais tenus et se sont trompés sur leur parcours professionnel. Ils ont également donné des informations erronées sur la date limite pour voter par correspondance.
