Face à une facture de dentiste jugée trop lourde, certains Américains traversent la frontière pour se faire soigner au Mexique. À Los Algodones, où les cabinets sont si nombreux que la ville est surnommée « Molar City » (« Molaire City »), une clientèle venue des États-Unis recherche des soins à moindre coût. La santé figure parmi les thèmes centraux de la campagne électorale américaine.
Salvador Chavez, un Américain, est arrivé la veille après huit heures de route. Sa mutuelle considère qu'une couronne relève de l'esthétique et ne la couvre pas : il devrait payer 7 000 à 8 000 dollars de sa poche. « C'est beaucoup d'argent, surtout en ce moment », confie-t-il. Le passage de la frontière ne demande pas de présenter de document d'identité, et la clinique envoie un chauffeur le chercher devant son hôtel.
Dans le centre-ville, un habitant sur six est dentiste. Un homme montre les deux dents qu'on vient de lui rajouter. « Je n'aurais jamais pu me payer de nouvelles dents aux États-Unis pour le prix que je viens de payer », affirme une patiente. Un autre patient juge que « les dentistes sont meilleurs », et qu'« on paie moins cher et on a de meilleurs soins ».
Pour Salvador Chavez, la visite commence par une radio de contrôle, suivie d'une consultation immédiate, entièrement en anglais. Vient ensuite le devis : « Ça fera 745 dollars pour la couronne et le détartrage », lui annonce la secrétaire. « C'est une bonne surprise. Je suis content d'être venu », réagit-il.
Des prothèses fabriquées sur place
La clinique peut recevoir jusqu'à 24 patients en même temps. Elle dispose d'une salle d'opération pour les soins les plus lourds, et les implants comme les couronnes sont fabriqués sur place, sur mesure. Les dents sont taillées par une imprimante 3D, puis perfectionnées à la main.
L'Association américaine des dentistes parle parfois de travail à la chaîne et conseille de bien choisir son praticien, tout en reconnaissant que les soins sont généralement de qualité. « La qualité des soins est équivalente à ce qui se fait aux États-Unis, et souvent les patients nous disent que nous sommes mieux équipés que leur cabinet dans leur ville d'origine », déclare le Dr Juan Carlos Miranda Villa, dentiste à la clinique « Sani Dental ».
Les Américains prennent souvent rendez-vous, mais peuvent aussi venir en urgence. À peine la frontière franchie, des rabatteurs proposent : « Pour quatre couronnes achetées, deux offertes ! » Des voiturettes de golf facilitent les déplacements, et une nuit d'hôtel est offerte à partir de 1 000 dollars de soins. Certains restaurants ont adapté leur menu à des clients ne pouvant plus mâcher : « Des œufs brouillés et de la purée », propose Enrique Montes, du restaurant « Mi casa es su casa ».
Un passé de bars et de clubs
La ville était autrefois un repaire de voyous, fréquenté par les Américains pour ses bars douteux et ses clubs de strip-tease. À la fin des années 60, un dentiste devenu maire a changé la donne. Son fils, le Dr Bernardo Magaña Jnr., dentiste à Los Algodones, se souvient : « Au départ, la ville était assez délurée. Les gens se soûlaient dans la rue, il y avait des bagarres dans les bars. Mon père a mis de l'ordre. »
Aujourd'hui, de nouvelles cliniques s'ouvrent et l'offre médicale se diversifie. « On veut devenir une espèce de Disneyland médical où les patients pourront trouver tout ce dont ils ont besoin, de A à Z », explique Alex Labra, de l'office de promotion de « Molar City ». L'augmentation du prix des mutuelles santé aux États-Unis pourrait encourager de nouveaux clients à franchir la frontière, alors qu'un Américain sur quatre ne dispose d'aucune couverture pour ses soins dentaires.
