Dix abandons ont été comptabilisés mercredi soir sur la Route du Rhum 2026, soit 8,6 % des 115 partants, après trois jours de course. Parmi eux figurent plusieurs favoris, dont le tenant du titre, Charles Caudrelier, et Armel Le Cléac'h.
La Transatlantique, partie dimanche 1er novembre de Saint-Malo pour rallier Pointe-à-Pitre, a déjà connu de nombreux incidents. Outre Armel Le Cléac'h (Maxi Banque Populaire XI), qui a chaviré durant la nuit, deux anciens vainqueurs ont dû se retirer : Francis Joyon (Oceans), lauréat en 2018 en Ultim, et Armel Tripon (Les P'tits Doudous), vainqueur la même année en Multi 50.
Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) n'est pas encore compté par les organisateurs comme officiellement hors course, puisqu'il se déroute vers Lorient. Il a toutefois été contraint de se retirer en raison d'une avarie. Par catégorie, les abandons se répartissent ainsi : 3 Ultim, 1 Ocean Fifty, 2 Imoca, 3 Class 40 et 1 Vintage Multi.
Une collision entre Violette Dorange (Initiatives Coeur) et Romain Pilliard (Use It Again) a marqué le début de course, dès la première nuit. Les deux skippeurs sont actuellement à quai pour tenter de réparer leur bateau.
Un taux comparable à celui de 2022
À la même étape de la course, en 2022, les organisateurs enregistraient le même nombre d'abandons, soit dix. Le ratio était alors légèrement plus faible, à 7,2 %, davantage d'embarcations ayant pris le départ.
La fin officielle de la course est fixée au 3 décembre, et seul le bilan final permettra de trancher la question. Selon le site officiel, le taux d'abandon final était de 16,5 % en 2010 (14 abandons pour 85 partants), de 27,4 % en 2014 (25 pour 91 partants), de 35,7 % en 2018 (44 pour 123 partants) et de 25,3 % en 2022 (35 pour 138 partants).
Des causes techniques et sportives
Ces nombreux dégâts ne s'expliquent pas par la météo, plutôt clémente, mais par deux autres facteurs, selon Jacques Caraës, ancien directeur de course du Vendée Globe et de la Route du Rhum. « Dans chaque catégorie, même chez les amateurs, on prend un degré supplémentaire en sportivité et en challenge à chaque édition. Les skippeurs poussent beaucoup plus », explique-t-il auprès d'ICI Bretagne. Il ajoute que « la technique permet aux skippeurs d'aller plus loin, et donc on va vers les limites », et que le gigantisme de certains bateaux, en solitaire, oblige parfois à rentrer à l'écurie.
Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe, souligne pour sa part le caractère mécanique de l'épreuve. « La casse fait partie du sport, c'est inhérent au fait de naviguer sur les océans. Et ça montre que ce n'est pas une banalité de traverser l'Atlantique », affirme-t-il. Selon lui, le nombre d'engagés augmente aussi le risque de casse. La course compte 115 engagés dans six catégories, contre 138 lors de l'édition 2022, présentée comme un record, 123 en 2018 et 91 en 2014.
Michel Desjoyeaux évoque également le niveau de la flotte : « Il fallait mettre le pied au plancher tout de suite. Le niveau a augmenté partout dans la flotte, chez les mecs, chez les filles, on se tire la bourre et cette pression-là n'est pas facile à mesurer », confie-t-il à l'AFP. Pour Jacques Caraës, « le pourcentage d'avaries est encore très faible par rapport au nombre d'engagés ». Michel Desjoyeaux juge pour sa part qu'« il y a beaucoup d'engagés, donc beaucoup de casse. On ne peut pas encore parler d'hécatombe ».
