Lauréat du prix Goncourt 2026 pour son treizième roman, Philippe Jaenada était l'invité du 20 heures de France 2, où il est revenu sur cette récompense et sur son enquête consacrée au meurtre de Louise Cansot, une jeune Bretonne assassinée à Paris en 1949.
Interrogé par Jean-Baptiste Marteau, l'écrivain raconte avoir appris la nouvelle chez son éditeur. La semaine précédente, il se disait « absolument serein ». Mais les deux derniers jours, des dizaines de messages de proches rencontrés depuis quarante ans l'ont, selon lui, fait se tendre malgré lui : « on se tend artificiellement ». Il compare le prix à une course, dont il est, dit-il, un amateur : « C'est le poteau d'arrivée. »
Le journaliste rappelle que le livre s'est vendu à 60 000 exemplaires et évoque la possibilité d'atteindre 600 000 ventes à la fin de l'année. L'auteur répond : « On verra bien. Je n'en sais rien. » Il ajoute : « Je ne peux rien dire d'autre que c'est joyeux, ça fait plaisir. »
Une enquête sur une femme « inconnue »
Le roman s'ouvre sur un fait divers dont le nom de la victime est rapidement connu. Louise Cansot, jeune Bretonne, est morte sur le quai de Javel, à Paris, en 1949. À part son nom et sa photo, relève Jean-Baptiste Marteau, on ne sait rien d'elle. Philippe Jaenada reconnaît que le lecteur dispose de toutes les informations dès le début du livre, mais il insiste sur la distance qu'il garde avec son sujet : « Je ne connais même pas le son de la voix de cette femme, ni la lueur qu'il y avait dans ses yeux. Donc, pour moi, elle reste une inconnue. »
Pour mener son enquête, l'auteur dit s'être inspiré de la série des Maigret, dont il a lu les 75 romans. Il avait d'abord prévu un ressort comique, avec un narrateur qui, selon ses mots, « un peu moi », se prendrait pour le commissaire. Il a finalement suivi les méthodes du policier de Georges Simenon : « J'ai suivi cela docilement et ça m'a mené, je pense, au coupable. » Ce narrateur est, dit-il, « une version un peu maladroite, un peu malchanceuse » de lui-même, destinée à alléger le drame.
Interrogé sur la réhabilitation de la jeune femme, Philippe Jaenada cite d'abord son premier éditeur, Bernard Barrault, mort récemment. La dernière phrase que celui-ci lui a adressée, lors de leur dernier déjeuner, était : « Va vers ton destin. » L'écrivain confie avoir aussi pensé à Louise Cansot et aux jeunes femmes de l'époque qui lui ressemblaient, ainsi qu'à celles d'aujourd'hui.
Le recours à l'intelligence artificielle
Jean-Baptiste Marteau interroge enfin l'écrivain sur l'intelligence artificielle, en citant le livre de Thélyson Orélien, C'était ça ou mourir, et en demandant s'il faut l'interdire, vérifier que les livres n'ont pas été écrits avec elle, ou l'utiliser avec parcimonie, comme le fait Philippe Jaenada. Sa réponse est claire : « Il ne faut pas interdire l'IA. » Pour lui, il s'agit de l'apprivoiser et de la domestiquer, de la faire rester un outil « qui nous soit utile et surtout pas qu'elle nous remplace ». Il indique avoir évoqué cette technologie dans son livre, de manière humoristique, « j'espère », et s'en être moqué à plusieurs reprises.
